Image d'archives de migrants arrivés en Espagne. Crédit : Reuters
Image d'archives de migrants arrivés en Espagne. Crédit : Reuters

Le père d’un enfant de huit ans découvert en 2015 dans une valise au poste frontière de Ceuta, l’enclave espagnole au Maroc, a été condamné en Espagne à une légère amende. Il était accusé d'avoir facilité l’entrée irrégulière en Europe de son enfant en mettant sa vie en danger.

"Tout est fini, nous allons commencer à revivre, tous ensemble, ma femme, ma fille, mon fils et moi à Bilbao [dans le nord de l'Espagne, ndlr]", a déclaré mardi 20 février Ali Ouattara à la sortie du tribunal de Ceuta, enclave espagnole au Maroc. Ce père de famille était jugé depuis la veille en Espagne pour avoir facilité l’entrée irrégulière en Europe de son enfant en mettant sa vie en danger. Il l'avait caché dans une valise. 

Ali a été condamné à une amende de 92 euros. Le parquet qui dans un premier avait réclamé trois ans de prison avait finalement changé d'avis et requis qu'une peine d'amende, en constatant que l'audience n'avait pas permis de prouver que le prévenu "savait de quelle façon son fils allait être introduit dans le pays".

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Le 7 mai 2015, une jeune Marocaine avait attiré l’attention des gardes civils de Ceuta en traînant une valise pesante au poste-frontière. En passant le bagage aux rayons X, les agents avaient fait une étrange découverte : ils repèrent la silhouette d’un enfant recroquevillé en position fœtale. Du jamais vu sur un écran scanner à Ceuta, un des deux postes-frontières terrestres entre l’Afrique et l’Europe. "Je m’appelle Adou", avait alors déclaré en français aux autorités l’enfant de huit ans, arrivé sain et sauf en Espagne. Le garçon d’origine ivoirienne rêvait de rejoindre ses parents déjà en Europe.

Peu après le passage de son fils, Ali Ouattara avait été arrêté au même poste-frontière de Ceuta, où il comptait le récupérer. Le père a depuis expliqué qu’il avait été "trompé" par le réseau de passeurs auquel il avait versé 5 000 euros. Ali dit n’avoir jamais su que son enfant serait caché dans une valise. Les passeurs avaient promis de l’amener "par avion" d’Abidjan à Madrid avant d’annoncer qu’il passerait "en voiture" par Ceuta.

"On ne pouvait pas vivre sans lui, on y pensait sans arrêt"

"Pour nous, c’était une obligation que l’enfant vienne coûte que coûte : on ne pouvait pas vivre sans lui, on y pensait sans arrêt. Et s’il restait en Côte d’Ivoire, il n’avait plus personne pour s’occuper de lui après la mort de sa grand-mère", a insisté lundi le père de famille.

Ancien professeur de philosophie et de français à Abidjan, Ali est arrivé clandestinement en Espagne en 2006 à bord d’une embarcation de fortune. Ayant quitté la Côte d’Ivoire en pleine crise, le père a mis des années à obtenir un titre de séjour, un emploi stable et un logement aux Canaries, avant de réussir à faire venir légalement sa femme et leur fille. Mais pas son fils Adou parce qu’il lui manquait "56 euros par mois" pour atteindre les revenus exigés dans le cadre d’un regroupement familial.

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"L’administration espagnole m’avait refusé quatre fois sa venue", plaide Ali. "Je gagnais plus de 1 300 euros dans une laverie mais ils disaient que ce n’était pas suffisant".

La responsable du service des mineurs de la ville de Ceuta, Antonia Palomo, avait déclaré dans un livre retraçant cette histoire en 2015 que "la grande question [était] : que se passe-t-il dans la législation espagnole sur le regroupement familial qui pousse à recourir à des voies aussi désespérées ?" 

 

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