Comme les autres étudiants du programme d'accueil, Nihad, 21 ans, se sent aujourd'hui un étudiant comme un autre sur le campus de Lille 3. Crédit : Julia Dumont/ InfoMigrants
Comme les autres étudiants du programme d'accueil, Nihad, 21 ans, se sent aujourd'hui un étudiant comme un autre sur le campus de Lille 3. Crédit : Julia Dumont/ InfoMigrants

Pour la deuxième année consécutive, l’université de Lille a accueilli en septembre une cinquantaine d’étudiants demandeurs d’asile et réfugiés. Au terme d’un an d’apprentissage du français, ils ont eu la possibilité d’intégrer le cursus universitaire correspondant à leur projet professionnel. Rencontre.

À l’approche de l’heure du déjeuner, la cafétéria Ulysse de l’université de Lille 3 se remplit. Sur les tables, les étudiants déballent ordinateurs portables, cahiers et sandwichs. L’heure tourne et Alseny semble avoir oublié notre rendez-vous. Il apparaît enfin, doudoune noire et sac à dos à l’épaule, et s’excuse poliment : "Désolé, j’étais en train de réviser à la BU [bibliothèque universitaire NDLR]. J’ai un examen demain."

En septembre dernier, Alseny, ce Guinéen studieux et parfaitement francophone a intégré, avec une cinquantaine d’autres étrangers, la seconde promotion d’un programme pilote d’accueil des demandeurs d’asile, lancé par l’université de Lille, en partenariat avec la préfecture du Nord, le Crous et la société Adoma.

Alseny est aujourd'hui en Licence 1 de sociologie et histoire. Crédit : Julia Dumont/ InfoMigrantsSélectionnés sur leur dossier et après un entretien, les étudiants ont souvent été orientés vers ce programme grâce aux associations (Auberge des migrants, notamment). "Un an après le début du programme, le bouche à oreille a bien fonctionné aussi", précise Emmanuelle Jourdan-Chartier, vice-présidente Université citoyenne de l’Université de Lille.

Une fois intégrés au programme, les étudiants se consacrent pendant un an à l’apprentissage du français (sauf pour les francophones) avant d’intégrer le cursus universitaire de leur choix.

Une méthode d’intégration efficace même si Emmanuelle Jourdan-Chartier reconnaît qu’"il faudrait deux ans de transition pour que cela marche vraiment pour tous. Les gens qui arrivent avec un niveau de grands débutants sont rarement capables de suivre un cursus universitaire après un an".

"J’aimerais pouvoir un jour aider mon pays à sortir des crises"

Certains, comme Nihad, souhaitent poursuivre leur scolarité dans une filière scientifique. Ce Syrien de 21 ans se verrait bien devenir ingénieur en informatique. En attendant, il ne ménage pas sa peine pour pratiquer le français. Il prend beaucoup plus de plaisir à parler depuis qu’il a rejoint un atelier théâtre.

Alseny, lui, adore les mots. Il avait étudié le droit pendant deux ans à Conakry avant de quitter la Guinée mais, faute d’équivalences, il est entré en Licence 1 de sociologie et histoire à Lille. Il se passionne aujourd’hui pour les théories du sociologue Emile Durkheim.

Après ses études, le jeune homme se verrait bien instituteur ou professeur de sociologie à l’université avec, à terme, un but précis : "J’aimerais pouvoir un jour aider mon pays à sortir des crises et de la corruption. C’est quelque chose qui m’anime chaque jour".

Français et cyclisme

Mais le retour n'est pas toujours envisageable. Massoma, sa sœur Zahra et leur amie Frozan se font, elles, assez peu d’illusion sur leurs chances de pouvoir rentrer un jour en Afghanistan. Les trois jeunes femmes étaient membres de l’équipe afghane de cyclisme. Devenues célèbres à la suite de nombreux reportages réalisés sur leurs performances sportives, elles ont dû quitter Kaboul après avoir reçu des menaces.

Massoma (à gauche), sa sœur Zahra (à droite) et leur amie Frozan étaient membres de l'équipe afghane de cyclisme. Crédit : Julia Dumont/ InfoMigrantsArrivées à l’université de Lille grâce au programme d’accueil des étudiants réfugiés, elles continuent le cyclisme et réfléchissent à la formation qu’elles souhaiteraient rejoindre. Massoma est tentée par l’archéologie, Zahra par le métier de sage-femme. Quant à Frozan, elle aimerait devenir professeure de sport.

Le programme d’accueil des étudiants réfugiés de l’université de Lille met l’accent sur l’orientation professionnelle. Dès leur première année, les étudiants rencontrent des conseillers d’orientation.

En mars, ils pourront bénéficier d’une semaine d’intégration dans la filière de leur choix, encadrés par des étudiants bénévoles. L’occasion pour les trois cyclistes de s’assurer que leurs idées correspondent à la réalité des enseignements.

Si vous souhaitez candidater au programme d’accueil des étudiants réfugiés et demandeurs d’asile de l’université de Lille, vous pouvez envoyer, à partir du mois de mars, votre dossier à l’adresse suivante : etudiants.en.exil@univ-lille.fr. Les informations et la liste des documents à joindre seront disponibles sur le site de l'université www.univ-lille.fr

 

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