Pour de nombreux jeunes Syriens vivant au Liban, en Irak, en Jordanie, en Turquie et en Égypte, la formation continue est une clé pour l'avenir
Pour de nombreux jeunes Syriens vivant au Liban, en Irak, en Jordanie, en Turquie et en Égypte, la formation continue est une clé pour l'avenir

Les jeunes réfugiés syriens - qui ont souvent été forcés d'abandonner leurs études à cause du conflit - font face à un avenir incertain. InfoMigrants a rencontré deux d'entre eux, réfugiés au Kurdistan irakien, qui ont repris espoir grâce au programme HOPES.

Au cours des sept dernières années, le réfugié syrien Louay Haji a vécu un traumatisme sans précédent, mais à première vue, il est positif et optimiste quant à l'avenir. Si jamais il se plaint, c’est seulement pour admettre que "la journée a été longue". Kurde originaire du nord-est de la Syrie, Louay travaille dans un centre de langues dans la ville de Souleimaniye, au Kurdistan irakien, où il enseigne l'anglais et forme de nouveaux enseignants. 

Ce jeune homme de 31 ans fait partie des plus de cinq millions de personnes qui ont fui la Syrie depuis le début du conflit. Comme lui, la plupart se sont retrouvés dans les pays voisins, l'Irak, la Jordanie, le Liban, la Turquie et l'Egypte. Beaucoup ont dû abandonner leurs études lorsqu'ils ont quitté leur pays. 

En 2013, Louay faisait sa maîtrise à Damas lorsque son université a été bombardée. "Les choses ont vraiment mal tourné", raconte-t-il. Il n'a pas eu d'autres choix que de partir. A l'instar de Louay, Ahmed Sida, un jeune homme de 24 ans, qui faisait lui aussi une année de droit à Damas, a dû quitter la Syrie. Avec sa famille, il s'est retrouvé à Erbil, la capitale de la région du Kurdistan irakien.

Louay HajiMalgré les épreuves et l'exil, Louay Haji et Ahmed Sida sont bien déterminés à ne pas laisser la guerre détruire leur avenir. Pour s'en sorir, ils ont pu compter sur le programme HOPES, une initiative européenne qui aide les jeunes réfugiés de Syrie à poursuivre leurs études supérieures dans leurs pays d’accueil.

Louay et Ahmed font partie des 400 jeunes inscrits à des cours universitaires de troisième cycle dans le cadre de HOPES. Alors que Louay attend de pouvoir commencer ses études à l'Université de Souleimaniye, Ahmed a réussi à poursuivre ses études de droit à Erbil.

Que propose le programme HOPES?

HOPES est financé par le Fonds Madad de l'Union européenne pour la Syrie, doté d'un milliard d'euros. Il est géré par l’Office allemand d'échanges universitaires, le DAAD, en partenariat avec ses homologues européens le British Council, Campus France et Nuffic. 

Le projet a débuté en avril 2016 et se poursuivra au moins jusqu'en novembre 2019. Les étudiants reçoivent de l'argent pour couvrir les frais d'inscription et de scolarité à l'université ainsi qu'une allocation de subsistance, de la nourriture et de quoi payer leurs déplacements. L’étudiant en droit, Ahmed, explique qu’il reçoit environ 150 dollars par mois - ce qui n’est pas beaucoup pour Erbil, une ville relativement chère, et que sa sœur doit travailler pour aider à subvenir aux besoins de la famille.

Ahmed Sida"Ne nous oubliez pas!"

Les étudiants syriens qui s'inscrivent au programme HOPES en sortiront avec des diplômes et des compétences linguistiques. Ils auront de bien meilleures perspectives de poursuivre leurs études et leur carrière, qu'ils retournent ou non en Syrie.

Carsten Walbiner, directeur du projet HOPES, explique que dans certaines communautés d'accueil, les ressources pour enseigner des matières tels que la médecine sont limitées ou inexistantes, ce qui restreint les sujets proposés. Cela a certainement été le cas dans le nord de l’Irak. Lorsque le gouvernement central lui a coupé les vivres, le Kurdistan ne pouvait plus payer les salaires de ses propres enseignants, ce qui a entraîné des grèves. 

Louay Haji souhaite que HOPES et les pays qui soutiennent ce programme prennent davantage au sérieux la situation des réfugiés syriens dans le nord de l'Irak. “En Jordanie, il y a beaucoup d’opportunités. En Turquie, il existe également de nombreuses bourses d’études, il y a beaucoup d’aides, et c’est la même chose au Liban. Je crois qu’ils ont oublié qu’il y a aussi des réfugiés syriens en Irak. Je ne sais pas pourquoi“, regrette Louay Haji.

Erbil en IrakDes réfugiés vus comme des étrangers

Dans la région kurde d'Irak, tous les étudiants HOPES sont des Kurdes qui ont la même appartenance ethnique que la population locale. Mais les deux jeunes étudiants qui se sont confiés à InfoMigrants ont affirmé qu’il y avait pourtant de grandes différences.

“Nous sommes Kurdes, mais à la fin de la journée, nous sommes Syriens“, explique Louay Haji. “On a un passeport syrien, et donc ils nous traitent comme des Syriens. Les gens sont très gentils avec nous mais, pour le gouvernement, on est réfugié et on est traité comme tel“.

Malgré ces difficultés, Haji veut rester dans le nord de l’Irak tant que la région est sûre. 

Et après?

L'objectif de HOPES est que tous les réfugiés syriens du programme soient en mesure d'aider à reconstruire leur pays. Mais cela risque de ne pas être le cas avant longtemps. Certains sont trop traumatisés pour y retourner, tandis que d’autres ont tout perdu. "Certains m'ont montré sur leurs smartphones des photos de villages totalement détruits et ils m’ont dit :" Vous pensez vraiment que je peux retourner là-bas ?", explique Carsten Walbiner. 

Louay Haji espère un jour diriger une société en lien avec l'éducation. Il a déjà lancé un projet à but non lucratif, qui a pour but de soutenir les enseignants dans la région du Kurdistan. Mais son ambition principale est plus élémentaire : "Habiter dans un endroit sûr où je peux faire des choses normales comme les autres gens normaux, faire mes études, exercer mon travail correctement, savoir que je suis en sécurité et que je pourrai probablement fonder une famille à l’avenir. Vivre normalement, c'est mon plus grand souhait."

 

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