Des migrants secourus en Méditerranée arrivent en Italie, au mois d'avril 2017. Crédit : Boualem Roubachi
Des migrants secourus en Méditerranée arrivent en Italie, au mois d'avril 2017. Crédit : Boualem Roubachi

Les partis populistes et d’extrême-droite (Mouvement 5 étoiles et La Ligue) sont les grands vainqueurs des élections législatives italiennes. Leurs programmes, de manière générale, misent sur un durcissement de la politique migratoire.

"La Ligua" (La Ligue), "Fratelli d’Italia" (Frères d’Italie), "Forza Italia", "Movimento 5 stelle" (Mouvement 5 étoiles) : ces noms ne vous disent rien et pourtant, ce sont les patronymes des formations politiques populistes et des partis de droite et d’extrême-droite qui ont remporté les élections législatives italiennes, ce lundi 5 mars. S'ils ne sont pas encore tombés d'accord pour former une coalition et diriger le pays, tous ont en commun de réclamer une régulation plus sévère des flux migratoires sur le sol italien.

Matteo Salvini, par exemple, le leader de La Ligue (extrême-droite), a martelé tout au long de sa campagne un discours anti-immigration via des slogans on ne peut plus explicites : "Les Italiens d’abord", ou encore "Stop à l’invasion". Dans les colonnes du journal La Repubblica, le candidat a d’ailleurs promis d’expulser 100 000 migrants par an, au cours de son mandat de cinq ans, si son parti accède au pouvoir. La Ligue prévoit donc, en théorie, d’expulser un demi-million de sans-papiers.

Le leader de La Ligue Matteo Salvini Crdit  ReutersCes dernières semaines, Matteo Salvini a multiplié les déclarations choc : "Je veux un pays civilisé […] Je veux une Italie où l’on peut vivre et travailler tranquillement […] J’ai le devoir de dire aux Italiens que je ferai tout pour éviter que les événements de Macerata se reproduisent [à Macerata, un sympathisant d’extrême-droite a ouvert le feu sur des personnes d’origine africaine début février, ndlr] en augmentant les expulsions et en apportant mon soutien à la police". "Le problème ce n’est pas l’immigration, mais l’immigration illégale, [le problème], ce sont les 800 000 migrants que le gouvernement a laissé débarquer dans le pays", a-t-il également déclaré.

Pour rappel, en 2017, l’Italie a recueilli plus de 115 000 migrants sur son sol (contre 180 000 en 2016), selon les chiffres de l’Organisation internationale des migrations (OIM).

Silvio Berlusconi, le leader de Forza Italia (droite), est lui aussi un habitué des déclarations fracassantes. "L’immigration est une question très urgente", a-t-il déclaré. "Aujourd’hui, il y a au moins 630 000 migrants [en Italie] dont seulement 5% sont réfugiés, c’est-à-dire qui ont fui la guerre ou la mort. Les 600 000 autres sont une bombe sociale prête à exploser, parce qu’ils vivent d’expédients et de crimes".

Les ONG en ligne de mire

Du côté du mouvement 5 Etoiles (M5S), le programme est assez ambigu en ce qui concerne l’immigration. Il faut dire que le mouvement qui se veut anti-système, rassemblent des personnalités allant de l’extrême-gauche à l’extrême-droite. Luigi di Maio, l’un de ses dirigeants, plutôt placé à droite de l’échiquier politique, a proposé un objectif "zéro migrant" car, dit-il, "l'Italie n'est pas le camp de réfugiés de l'Union européenne".

 Lun des leaders du mouvement 5 toiles Luigi Di Maio Crdit  ReutersInterrogé sur les ONG qui portent secours aux exilés en mer, Luigi di Maio s’était montré particulièrement sceptique quant à leur rôle et intention. S’il se défend d’avoir utilisé le mot "taxis de la Méditerranée", expression sur laquelle il a été critiqué, il affirme : "J'ai dit, sur la base d'argumentations et d'enquêtes que certaines ONG manquaient de transparence. Nous devrions donc vérifier si elles s'occupent de secourir des migrants ou de les transporter [illégalement], ce qui est très différent".

Sur la plateforme Rousseau, qui connecte élus et militants, le mouvement 5 étoiles se veut moins catégorique que Luigi di Maio. Dans leur programme, les militants défendent le rôle humanitaire que doit jouer l’Italie en Méditerranée. Ils proposent, sur le papier, la création de routes d'immigration légales (pour démanteler l’activité des passeurs), une meilleure relocalisation de réfugiés vers d'autres pays de l'UE, une réduction des délais pour traiter les demandes d’asile, et une meilleure coopération internationale via des traités bilatéraux pour aider les pays d’origine des migrants.

 

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