Ismaël Drammeh, Gambien de 19 ans, vit aujourd'hui en Italie où il est mannequin et apprenti dans l’hôtellerie.  Crédits : Ignazio Vazzana
Ismaël Drammeh, Gambien de 19 ans, vit aujourd'hui en Italie où il est mannequin et apprenti dans l’hôtellerie. Crédits : Ignazio Vazzana

Ismaël Drammeh a quitté son village de Gambie alors qu’il n'avait que 15 ans. Après plusieurs mois d’exil à travers l’Afrique et la traversée risquée de la Méditerranée, il est arrivé en 2015 en Italie où il a obtenu le statut de mineur protégé. Il a repris l’école, s’est inscrit dans une formation en hôtellerie et s’est même fait remarqué dans le milieu de la mode. Son rêve? Défiler et devenir cuisinier en Italie.

Je viens du village le plus pauvre de Gambie. Je suis parti chercher une vie meilleure, sans prévenir personne, même pas ma famille. C’était en 2014, j’avais 15 ans.

J’ai traversé la frontière avec le Sénégal, où j’ai fait des petits boulots pendant trois mois pour payer le reste du voyage. Puis j’ai traversé le Mali et le Burkina Faso, restant environ deux mois dans chaque pays pour gagner de l’argent. À chaque étape de mon voyage, j’ai cherché du travail : que ce soit dans les champs ou pour décharger des camions. Et je n'ai pas toujours été payé.

Arrivé au Niger, j’ai appelé ma mère pour la première fois depuis plusieurs mois. Elle pensait que j’étais mort. Mais le plus dur était à venir. J’ai traversé le désert en direction de la Libye. Le voyage a duré 11 jours. Arrivés à un certain point, le chauffeur nous a dit que la voiture avait un problème et il a fait demi-tour en nous abandonnant dans le désert. Nous avons marché pendant quatre jours, sans rien à boire ni à manger.

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Ismal Drammeh dfile  Cerda en Sicile le 13 aot 2017 Crdits  Maverick 62 Photography"À Sabha, c’était pire que tout"

Arrivé à Sabha [ville du sud de la Libye, plaque tournante du trafic d’êtres humains], c’était pire que tout. Je devais me cacher tout le temps, j’avais peur de me faire agresser.

J’ai quand même fait des petits boulots pendant plusieurs mois pour payer le voyage jusqu’à Tripoli. Deux personnes m’ont emmené à la campagne pour travailler dans les champs. J’ai travaillé dur toute la journée, puis ils m’ont jeté en prison. Je me suis échappé mais ils m’ont rattrapé. Un jeune garçon en uniforme m’a donné un coup de couteau dans la jambe puis on m’a rejeté en prison. Je n’ai reçu aucun soin. J’ai été obligé de couvrir ma jambe de sable pour qu’elle arrête de saigner.

[Après avoir réussi à rejoindre la côte libyenne], j'ai fait deux tentatives de traversée. La deuxième fois, nous étions 110 sur un zodiac. Nous avons attendu deux jours en mer, sans rien. J’ai bu de l’eau de mer. Puis un bateau italien est arrivé. Ils m’ont nourri et soigné.

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"L’Italie a changé ma vie"

Je suis arrivé en Italie le 24 août 2015, à Palerme [en Sicile]. J’ai été envoyé au centre social pour mineurs de la Casa di Ina, à Termini Imerese, près de Palerme. Nous étions six de nationalités différentes – Gambie, Nigeria, Pakistan et Mali - à y avoir été accueillis.

J’ai été bien traité : on m’a inscrit en dernière année de collège. J’ai appris l’italien à l’école et j’ai obtenu mon brevet. Ensuite, je me suis inscris dans une école d’hôtellerie pour apprendre un métier.

Être arrivé en Italie a changé ma vie. Tout ce que je sais, je l’ai appris ici. Je viens de commencer un stage de serveur. Parallèlement, un ami m’a mis en contact avec le milieu de la mode. J’ai fait des défilés à Palerme, y compris pour des grandes marques. Le mannequinat et la cuisine sont mes deux rêves : je veux être un mannequin qui sait cuisiner, un mannequin la poêle à la main !

Ismal Drammeh dfile Grand  lhtel Villa Igiea de Palerme en dcembre 2017 "Je veux pouvoir revoir mes parents en Gambie"

Je n’ai pas fait de demande d’asile. L’an dernier, j’ai obtenu un statut de mineur protégé, dont la validité est de deux ans : je serai donc protégé jusqu’à mes 21 ans. Après ça, j’espère obtenir des papiers qui me permettront de travailler durablement. Mais je veux aussi pouvoir rentrer en Gambie voir mes parents.

Je suis en contact avec eux. Ils sont contents que j’ai un diplôme, que je commence à travailler et que je me sois fait des amis. J’ai des amis qui sont étrangers, comme moi, mais aussi des Italiens. Presque tout le monde me connaît à Termini Imerese. Mon futur ? Pour l’instant, je le vois en Italie.

Témoignage recueilli en italien par le journaliste Benjamin Dodman

 

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