Le centre de La Chapelle, à Paris. Crédit : Mehdi Chebil
Le centre de La Chapelle, à Paris. Crédit : Mehdi Chebil

Jeudi 8 mars, un réfugié soudanais d’une trentaine d’années est décédé à quelques mètres du centre humanitaire la Chapelle, dans le nord de Paris. Riverains, bénévoles et migrants du quartier sont sous le choc.

Il s’appelait Karim Ibrahim, avait une trentaine d’années et était originaire du Soudan. Réfugié statutaire depuis plusieurs mois, il est décédé jeudi 8 mars à seulement quelques mètres du centre humanitaire la Chapelle, à Paris. "Il a été retrouvé par une bénévole. Il était allongé, inconscient, sur une bouche d’aération où il restait souvent pour se réchauffer", précise à InfoMigrants Jean-Jacques du comité Solidarité migrants Wilson - qui distribue chaque matin des petits déjeuners aux migrants du nord de la capitale. Dimanche 11 mars, des centaines de personnes se sont réunis dans le nord de Paris pour lui rendre hommage.

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Karim était un habitué du quartier, bien connu des migrants, des membres associatifs et des riverains. Depuis plusieurs semaines, il aidait les bénévoles lors des distributions de repas ou servait d’interprète pour les arabophones et les francophones. Il était d’ailleurs surnommé amicalement "Chef" car "c’est lui qui prenait soin des autres", peut-on lire sur la page Facebook du comité Solidarité migrants Wilson.

"La mort rode jour et nuit à Paris"

Les différentes personnes contactées par InfoMigrants décrivent un homme détruit psychologiquement par son parcours personnel et des mois passés à errer dans les rues parisiennes. Selon elles, Karim semblait noyer son chagrin dans l’alcool. "Ce drame nous rappelle qu’avoir le statut de réfugié ne protège de rien. On laisse les gens dans une déshérence totale", s’insurge un membre associatif qui souhaite rester anonyme.

"Les frontières tuent. Notre gouvernement est responsable", juge le Baam, association d’aide aux migrants. À ce jour, la cause du décès est encore inconnue. La police aurait ouvert une enquête pour faire la lumière sur ce drame. "La mort rode jour et nuit à Paris, en Île-de-France, sur ces milliers d’enfants, de femmes et d’hommes, car nous manquons de tout ici. Nous manquons de nourriture, de chaussures (...) et aussi parfois d’espoir", est-il écrit sur la page Facebook du comité Solidarité migrants Wilson.

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Dans le quartier la Chapelle, les migrants se disent choqués. "Ils sont marqués, d’autant que la police a mis entre deux et quatre heures pour venir enlever le corps. Cette histoire renforce l’idée selon laquelle ils sont complètement abandonnés par l’État", explique encore Jean-Jacques du comité Solidarité migrants Wilson.

C’est à ce jour le premier décès connu d’un migrant dans la capitale. Les associations estiment qu’entre 1 500 et 2 000 migrants sont présents dans les rues du nord de Paris et ses alentours.

 

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