Centre d’hébergement pour migrants à Bochum, en Allemagne. 
Photo: Picture Alliance/R. B. Fishman
Centre d’hébergement pour migrants à Bochum, en Allemagne. Photo: Picture Alliance/R. B. Fishman

En Allemagne, les demandeurs d'asile vont être envoyés dans des centres jusqu'à ce que l'administration statue sur leur demande. Cette mesure vise à rendre le processus de demande d'asile plus efficace, les détracteurs craignent au contraire que les personnes vulnérables et traumatisées ne soient exposées à un danger accru.

Créer des centres fermés d'enregistrement et de traitement pour les demandeurs d'asile (Anker-Zentren en allemand). La mesure a été approuvée cette semaine par le gouvernement de coalition CDU-SPD à Berlin. Le nouveau ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer, souhaite les mettre en place dès que possible. Le premier pourrait être opérationnel dès le mois de septembre de cette année.

Dans le cadre de ce projet, les demandeurs d'asile devront donc rester dans des centres jusqu'à ce que l'on ait statué sur leur demande. Les enfants sont également concernés. Les deux partis de la coalition se sont mis d’accord  : la durée maximale du séjour devrait être limitée à dix-huit mois - sauf pour les familles avec enfants, où les séjours n'excéderont pas six mois.

Privation de liberté et polémique

Dans ces centres, des représentants de l'Office fédéral des migrations et des réfugiés (BAMF) l'entité qui statue sur les demandes d'asile en Allemagne, seront présents. Après un premier examen rapide des dossiers de demande d'asile, ils pourront indiquer au demandeur s'il a de bonnes chances de l'obtenir ou non. Ceux dont le dossier est susceptible d'obtenir le statut de réfugié seront autorisés à entrer et sortir de ces centres. Les autres non. 

Actuellement, en Allemagne, les demandeurs d'asile ayant de bonnes chances de rester sont autorisés à vivre où bon leur semble une fois leur demande d'asile déposée. Pendant les trois premiers mois, il leur est interdit de quitter la zone où ils ont obtenu l'autorisation de résider. Mais passé ce délai, ils peuvent voyager librement dans toute l'Allemagne. 

L'annonce et les débats sur ces nouveaux centres d'asile ont provoqué de vives polémiques en Allemagne et à l'étranger. Au mois de janvier, le chef par intérim du parti CSU de Bavière, Manfred Weber, a déclaré qu’en 2018, le tâche principale de l'Europe devrait être de trouver une "solution définitive" à la question des réfugiés. Cette expression a rappelé la "solution finale" utilisée par les nazis à partir de 1942 pour exterminer la population juive. 

Les défenseurs des réfugiés mettent en garde contre l'échec de l'intégration et l'isolement

Certains détracteurs de la loi s'inquiète des conséquences de l'intégration future des demandeurs d'asile. Dans l’hebdomadaire Die Zeit, la journaliste Catarina Lobenstein explique que ces centres représentent le passage d'une politique d’hébergement décentralisé à une politique de camps de concentration de masse. D’après elle, ceux qui travaillent dans des centres similaires dans les villes bavaroises de Bamberg et Manching - des modèles potentiels pour les futurs centres d'asile - se plaignent depuis longtemps des conditions qui y règnent.

De tels centres mènent forcément à une intégration ratée, estime encore Catarina Lobenstein. Des études ont montré que le contact avec des germanophones, la possibilité de travailler et d'envoyer les enfants à l'école, sont au contraire les meilleurs moyens d'assurer l'intégration et le bien-être des demandeurs d'asile.

Un centre dhbergement pour rfugis en Allemagne Les militants et les défenseurs des réfugiés ont également fait part de leurs préoccupations quant à l'isolement des demandeurs d'asile dans ces futurs centres. Pro Asyl (Pro-asylum), une organisation allemande d'aide aux réfugiés à but non lucratif, affirme que les demandeurs d'asile n'auront accès ni à des avocats, ni à des travailleurs sociaux ni à d'autres formes d'aide. Bellinda Bartolucci, conseillère juridique pour Pro Asyl, craint qu'il y ait ainsi pour eux moins de possibilités de faire appel contre les rejets de demandes d'asile. Pourtant, de nombreux demandeurs d’asile ayant fait appel obtiennent le statut de réfugié. 

La conseillère juridique se dit également préoccupée par la fragilité de certains migrants. "Il n'y a aucune garantie que leurs besoins spécifiques et leurs droits y seront satisfaits", dit-elle. À l'heure où le gouvernement allemand discute de l'inclusion des droits de l'enfant dans la constitution, elle se demande : "Pourquoi ne protègent-ils pas aussi les enfants d'autres pays, les enfants demandeurs d'asile ?"

 

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