Crédit : capture d'écran du compte Facebook Roma-Dakar
Crédit : capture d'écran du compte Facebook Roma-Dakar

L’association Roma-Dakar conseille et accompagne les migrants qui, après un séjour en Europe, sont de retour au Sénégal. Roma-Dakar s’investit aux côtés de ces "retournés" pour les aider à financer leurs projets professionnels.

Dans le centre-ville de Dakar, le président de l'association Roma-Dakar, Cheikh Kebe, accueille Mame Asse Diop, son oncle, un migrant sénégalais de retour dans son pays. Les deux hommes s'installent dans l'espace de travail partagé de l'association.

Ce jour-là, devant un petit comité de l’association, Mame Asse Diop est venu présenter son projet d’exploitation agricole qu’il veut lancer à Kaolack, au sud-est de la capitale sénégalaise. L’atmosphère est studieuse. Mame Asse Diop doit convaincre Roma-Dakar de l'aider à trouver des financements pour concrétiser son rêve.

Conseiller les migrants de retour au Sénégal

Depuis 2013, Roma-Dakar aide les migrants qui sont de retour au Sénégal alors que le pays manque cruellement de programmes spécifiques pour aider à leur réinsertion. La majorité des personnes que l’association accompagne a choisi de rentrer volontairement au pays. Et presque tous souhaitent, à l’instar de Mame Asse Diop, développer un projet d'exploitation agricole, souvent dans leur région ou leur ville d'origine. "Les migrants sénégalais qui ont vécu en Europe peuvent mettre à profit une formation ou un métier appris là-bas", précise Cheikh Kebe. "Je veux offrir du travail décent à ces jeunes pour qu'ils n'aient plus besoin de partir".

Cheikh Kebe, le président de l'association Roma-Dakar. Crédit : Constance LéonL’association possède également un bureau, à Rome. Depuis la capitale italienne, Roma-Dakar conseille les migrants qui ont le projet de rentrer au Sénégal, mais aiguille aussi les Sénégalais dans leurs démarches administratives en Italie. En 2017, 120 personnes ont ainsi été aidées par l'association à Rome et à Dakar.

L’aide offerte par l’association est sans contrepartie. Roma-Dakar ne demande pas aux "retournés" de s'engager à ne pas repartir en Europe une fois un financement obtenu. L’association se tourne généralement vers le fonds d'aide pour les Sénégalais de l'extérieur (Faise) qui vise, entre autres, à promouvoir les projets des Sénégalais "rentrés volontairement" au pays et ainsi "assurer [leur] réintégration au sein de la société".

Peu après la venue de Mame Asse Diop, une autre personne se présente dans les locaux de l’association à Dakar. Mamadou Lamine Ndao a connu l'association par le bouche à oreille et a besoin de son aide : il cherche à financer son projet de séchage solaire. Cheikh Kebe, qui a été convaincu par son projet, part avec lui à un rendez-vous à l'Agence nationale d'insertion et de développement agricole (ANIDA). Mamadou Asse Diop trompe son stress dans une tasse de café sénégalais "touba" pour se détendre avant d'entrer dans le bâtiment.

L'homme de 51 ans attend depuis deux ans que son projet se concrétise à Foudiougne, à l'ouest du Sénégal, d'où il est originaire. Il a passé plus de 20 ans à Milan. Après un divorce et la délocalisation de l'entreprise où il était agent de sécurité, il a décidé de rentrer au pays.

A l'issue de la réunion à l'ANIDA, Mamadou Ndao ressort souriant. L’Agence est intéressée par son projet – mais elle doit encore obtenir l’accord des autorités locales avant de valider le financement. C’est un succès pour Mamadou Ndao et Cheikh Kebe dans des procédures qui traînent souvent en longueur.

"Si c'était à refaire, je resterais chez moi"

C’est d’ailleurs le cas de Cheikh Kebe, le président de l’association. S’il réside à Rome la plupart de l’année. Il fait régulièrement des allers-retours au Sénégal pour superviser les projets agricoles. À terme, il aimerait revenir vivre définitivement au Sénégal.

Originaire de Kaolack, Cheik Kebe, âgé de 50 ans, est parti, seul, lorsqu'il avait 20 ans travailler à Rome. "J'avais envie de partir. Mon frère était aussi en Italie. Comme tous les jeunes, je voulais découvrir l'Europe", raconte Cheikh Kebe. Désillusionné, il enchaîne les petits boulots. Il vend des contrefaçons à la sauvette, puis part travailler à l'usine, au nord de l'Italie. A 24 ans, il rentre au Sénégal se marier, puis est obligé de repartir en Italie laissant femme et enfant, qu'il revient voir une fois par an.

"Je ne veux pas que mes enfants subissent la même expérience que moi : de la souffrance," s'exclame-t-il. "Je refuse qu'ils vivent dans un endroit où ils sont dénigrés car ils sont Africains, Arabes ou musulmans. Mes enfants vont rester au Sénégal. Si c'était à refaire, je resterais chez moi".


 

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