Fin 2017, MSF a ouvert un centre d'accueil de jour pour mineurs. Crédit : MSF / Antoine Kremer
Fin 2017, MSF a ouvert un centre d'accueil de jour pour mineurs. Crédit : MSF / Antoine Kremer

MSF a ouvert début décembre un centre d’accueil de jour pour mineurs non-accompagnés, déboutés de leur minorité. Les adolescents peuvent y trouver une aide juridique, sociale et psychologique. Pour eux, c’est aussi l’occasion de quitter la rue et leur solitude pour quelques heures.

Un jeune homme s’est endormi sur un canapé, sous un duvet rouge. À ses côtés, un adolescent n’a même pas pris le temps d’ôter son manteau et son sac à dos avant de s’allonger sur une table basse et de fermer les yeux.

Les deux garçons, épuisés, se reposent dans les locaux du centre d’accueil de jour de Médecins Sans Frontière (MSF), à Pantin, en région parisienne. Ici, une cinquantaine de mineurs non-accompagnés dont la minorité n’a pas été reconnue, sont accueillis par les équipes de MSF. Ils sont épuisés par la vie dans la rue. Ces adolescents, des garçons pour l’immense majorité, ne bénéficient donc d’aucune aide de l’État, d’aucun hébergement, contrairement aux mineurs reconnus, et pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance (ASE). 

Dans le centre de MSF les jeunes peuvent se reposer Crdit  MSF  Antoine KremerDans les locaux lumineux de l’ONG, ils trouvent un peu de repos avant de repasser, chaque soir, la nuit dehors. Ils peuvent également bénéficier d’une aide juridique pour faire appel de la décision sur leur minorité et voir une psychologue, une infirmière ou une assistante sociale. Les jeunes ne peuvent généralement accéder à la structure qu’avec un rendez-vous. Le centre, par manque de place, ne peut pas accueillir plus de 50 personnes.

Détente entre jeunes

Samaté, bientôt 17 ans, a été déposé au centre par une association d’aide aux adolescents avec tout ce qu’il possède : un sac à dos noir rempli de quelques vêtements et un document protégé par une pochette plastique.

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"Le juge pour enfants qui l’a reçu a estimé qu’il n’avait pas suffisamment de preuves pour affirmer qu’il était pas mineur. Dans le doute, il a refusé de statuer en sa faveur", explique Caroline Douay, coordinatrice de projet MSF à Paris et en Île-de-France, après avoir consulté le document. Le jeune homme au visage d’enfant va pouvoir rester au centre quelques heures.

Dans une des salles d’activités, il se mêle à un groupe d’adolescents attablés autour d’un café. Âgés de 16 ou 17 ans, ces garçons passent la plupart de leurs nuits dans la rue. Ils dorment parfois un jour ou deux à l’hôtel ou bien dans une famille si l’association Utopia 56 leur trouve une place.

"Beaucoup de jeunes s’identifient à un déchet"

"Tous parlent d’un avant et d’un après sur le refus de reconnaissance de leur minorité", explique Mélanie Kerloc’h, psychologue au centre MSF. "Lorsqu’ils demandent que leur minorité soit reconnue, ils se livrent, ils parlent de leur intimité. Ne pas être reconnu mineurs, leur donne l’impression qu’ils ont menti."

Dans le centre de MSF les jeunes reoivent des repas chauds Crdit  MSF  Antoine KremerDans son bureau, la psychologue voit passer des adolescents profondément marqués. "La rue est un milieu sur-stimulant, donc très fatiguant, où ils n’ont aucune protection […] Beaucoup de jeunes s’identifient à un déchet que l’on aurait jeté. Ils craignent de ne plus pouvoir sortir de cet état", explique-t-elle.

"Les jeunes peuvent avoir tendance à penser que leurs souffrances ne se soignent pas, qu’ils sont condamnés à vivre avec. Mon travail consiste à leur permettre de nommer leur mal", souligne Mélanie Kerloc’h.

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Ibrahim voit la psychologue régulièrement. Ce Guinéen de 16 ans, anorak noir et bonnet orange, vit à la rue depuis plus d’un mois. Une situation à laquelle il ne s’attendait pas du tout : "Quand on vit en Afrique, on pense que la France est un paradis".

Le jeune homme attend une réponse sur sa minorité, sa situation pourrait bientôt s’arranger. Un proche resté en Guinée a pu lui envoyer son extrait de naissance. "Je reste très inquiet parce que j’ai vu des amis qui avaient tous leurs papiers mais, malgré cela, le juge ne les a pas reconnus mineurs. Ils sont toujours dehors avec nous", confie Ibrahim.

Rêves d’école

Pour les adolescents du centre de MSF, la situation est extrêmement difficile à supporter. Tous sont partis avec des rêves et enragent d’être bloqués dans une impasse administrative après avoir fait tant de chemin depuis leur pays d’origine.

Les jeunes viennent ici profiter de la srnit des lieux Crdit  MSF  Antoine KremerSamaté et Ibrahim rêvent de retourner à l’école. Le jeune Malien voudrait devenir boulanger, comme son père. Ibrahim, lui, s’est découvert sur la route de l’exil une vocation d’infirmier. "Quand je voyais des gens qui souffraient, j’aurais tant voulu pouvoir les aider", raconte-t-il.

Pour le moment, il se contente de conseiller ses amis restés en Guinée. Ces derniers voudraient venir en France. Ibrahim ne sait plus "comment leur expliquer que la situation n’est pas celle qu’ils imaginent". "J’ai même fait des vidéos de ma vie ici dans la rue mais ils ne me croient pas. Moi, je suis passé par la Méditerranée pour aller en Espagne et je ne le referais jamais de ma vie, peu importe ce qui se passe dans mon pays".

>> Le centre d’accueil de jour se trouve 101 bis avenue Jean Lolive, 93500 Pantin. Métro : Eglise de Pantin / Hoche (ligne 5). Horaires d’ouverture : 9H – 17H lundi, mardi, jeudi et vendredi

 

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