Certaines villes d'Allemagne ont connu une augmentation disproportionnée du nombre de migrants.
Photo:  picture-alliance/ W. Rothermel
Certaines villes d'Allemagne ont connu une augmentation disproportionnée du nombre de migrants. Photo: picture-alliance/ W. Rothermel

La ville allemande de Pirmasens a récemment fait les gros titres en cessant d’accueillir de nouveaux réfugiés. Cette mesure intervient après une série d’évènements qui marquent une rupture par rapport à l’accueil tous azimuts pour lequel l’Allemagne a été reconnue au plus fort de la crise des réfugiés.

La gestion du nombre de réfugiés devient de plus en plus compliquée en Allemagne, car plusieurs  villes ont commencé à manifester une certaine réticence à accueillir de nouveaux migrants et réfugiés. La petite ville de Pirmasens, dans le sud-ouest du pays, est l'exemple le plus récent d'un renversement de tendance envers les réfugiés.

Le gouvernement régional a décidé de soutenir une motion visant à rejeter tout nouveau migrant arrivant à Pirmasens - à moins qu'il n'ait un emploi ou qu'il soit en formation professionnelle ou dans l'enseignement supérieur. La ville a dit qu’elle préfèrait concentrer ses ressources sur l'intégration des réfugiés et des migrants qui y vivent déjà. 

Le maire de Pirmasens, Bernhard Matheis, a souligné que la petite ville comptait déjà deux fois plus de réfugiés et de migrants que ne l'exigeait le quota de l'État. Avec une population de réfugiés de 1 300 personnes, environ 3% de l'ensemble des habitants de la ville sont déjà des migrants. Or, sans croissance de l'économie locale et avec une forte diminution de la population globale au cours des 50 dernières années, la petite ville n’a pas les moyens d'accueillir davantage de réfugiés, de migrants et de demandeurs d'asile.

Avec sa décision d'arrêter d'accueillir de nouveaux réfugiés, la petite ville de Pirmasens a fait les gros titres

Nécessité d’une répartition plus équitable des réfugiés

Selon la Confédération allemande des villes et communautés (Deutscher Städte- und Gemeindbund) DStGB, de nombreux réfugiés ont choisi de déménager à Pirmasens en raison de ses loyers relativement bas, ce qui se traduit par une proportion beaucoup plus élevée de migrants qui y vivent aujourd'hui. D’après la porte-parole adjointe du DStGB, Janina Salden, il est "compréhensible que les communautés se sentent obligées de freiner la migration lorsqu'elles atteignent leurs limites en termes de satisfaction des demandes d'intégration".

"Ce genre de situations pourrait être évité s'il y avait une répartition plus équitable des migrants."

Pour Janina Salden, les mouvements de réfugiés peuvent être mieux gérés dans les cas où les États allemands décident d'appliquer  la législation appelée "Wohnsitzauflage" ("obligation de résidence"), qui vise à limiter les mouvements d'un migrant. Les États qui appliquent ce principe obligent les réfugiés à vivre au sein de la communauté où ils ont été enregistrés à l'obtention de leur statut. Seuls 5 des 16 États allemands appliquent actuellement cette législation, qui est facultative.

"Nous souhaitons que l’obligation de résidence soit appliquée dans toute l’Allemagne, afin de parvenir à une répartition plus équitable des réfugiés", ajoute la porte-parole. "Les Etats qui y renoncent finissent souvent par avoir certaines communautés avec un surpeuplement notable de réfugiés".

Les sentiments anti-immigrés sont monnaie courante dans la ville de Cottbus, dans l'est de l'Allemagne, où plusieurs rassemblements ont forcé les responsables municipaux à tenter de limiter le nombre de migrants.

Nombre de villes veulent limiter le nombre de réfugiés 

Le cas de Pirmasens n'est pas un cas unique. D'autres villes ont également mis en place des mesures pour limiter le nombre de réfugiés, ou ont lancé des motions pour tenter d'obtenir la mise en place de telles mesures.

Des villes comme Wilhelmshaven, Salzgitter et Delmenhorst dans le nord de la Basse-Saxe, villes dont les performances économiques globales sont pires que celles des régions les plus critiques du pays, ont mis en place des arrêts similaires, parce qu’elles se sentaient submergées par la gestion des réfugiés et des migrants déjà présents.

Cottbus, dans l'est du Brandebourg, est un autre cas d'espèce qui montre l'évolution des limites et des arrêts du  nombre de réfugiés dans certains endroits. La ville, qui compte une population d'environ 100 000 habitants, a pris des mesures similaires en janvier 2018, en essayant de limiter le nombre de réfugiés. A Cottbus la situation est toutefois un peu différentes, car les résidents locaux eux-mêmes ont exigé l'introduction de restrictions pour les réfugiés qui s'installent dans leur ville. Lors des élections générales de septembre 2017, Cottbus était en effet l'un des fiefs du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD), qui s’appuie sur un courant anti-immigrés. Les attitudes xénophobes sont particulièrement fortes dans certaines parties de l'Allemagne de l'Est, qui, plus de 25 ans après la réunification avec le reste de l'Allemagne, souffre encore de son passé communiste et de sa mauvaise gestion économique. Il en résulte souvent une frustration généralisée qui finit par se reporter sur les étrangers.

La banque alimentaire "Tafel" à Essen a décidé de ne plus accepter de nouveaux étrangers comme bénéficiaires

Changement d’attitude envers les réfugiés

Dans divers endroits d’Allemagne, les autorités locales semblent ainsi désormais appréhender la gestion des réfugiés de façon pragmatique - par opposition à la notion générale d'accueil tous azimuts qui prévalait dans le pays au plus fort de la crise des réfugiés en 2015 et 2016. Dans certains cas, cette approche peut ressembler à un rejet pur et simple. 

Par exemple, au mois de février, la banque alimentaire publique "Tafel" de la ville occidentale d'Essen a décidé de ne plus accepter de nouveaux membres étrangers, y compris les migrants et les réfugiés. Cette soupe populaire a expliqué qu'elle avait du mal à accueillir sa clientèle existante à cause des comportements agressifs observés parmi ses nouveaux membres réfugiés. Cette décision a eu des répercussions importantes, et tous les partis politiques l’ont commentée. La controverse entourant la banque alimentaire " Tafel " est perçue comme faisant partie de ce changement d'attitude envers les réfugiés à travers le pays.




 

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