Le centre humanitaire de la Chapelle a fermé ses portes le 30 mars dernier. Crédit : InfoMigrants
Le centre humanitaire de la Chapelle a fermé ses portes le 30 mars dernier. Crédit : InfoMigrants

Le nouveau dispositif mis en place par l’État pour remplacer celui du centre de premier accueil (CPA) de La Chapelle – fermé le 30 mars – connait des débuts difficiles. Bénévoles, membres associatifs et migrants racontent manquer cruellement d’informations.

En cette matinée d’avril, le calme règne devant le centre de premier accueil (CPA) situé dans le quartier de La Chapelle, dans le nord de Paris. Et pour cause, "la bulle" a fermé ses portes le 30 mars dernier pour laisser place à un nouveau dispositif géré par l’État.

Dorénavant, France Terre d’asile (FTA) et le Samu social sont censés effectuer des maraudes dans les rues de la capitale pour diriger les migrants vers des centres d’accueil de jour (situés à l’intérieur de la capitale) où des informations administratives leur seront données. Ensuite, ils seront acheminés vers des CAES "sur la base du volontariat", précise à InfoMigrants Pierre Henry, directeur général de FTA. On compte cinq CAES en région parisienne d’une capacité de 750 places : dans le 18ème arrondissement de Paris, à Nanterre (Hauts-de-Seine), Vaux-le-Pénil (Seine et Marne), Ris-Orangis (Essonne) et Cergy (Val d’Oise).

Comme c’était déjà le cas dans le centre de La Chapelle, les migrants ne pourront passer que quelques jours dans ces CAES avant d’être répartis sur tout le territoire français en fonction de leur situation administrative : dans des centres d’accueil et d’orientation (CAO), des centres d’accueil des demandeurs d’asile (Cada), des programmes d’accueil et d’hébergement des demandeurs d’asile (Pradha). "Nous essayons de recréer le même modèle que le CPA", indique à InfoMigrants la préfecture de Paris et d'Île-de-France.

Carte des campements de migrants à Paris. Crédit : InfoMigrants"Il faut aller où maintenant ?"

Reste que la majorité des migrants n’est pas informée des nouvelles dispositions prises par l’État. "Oui nous savons que le centre la Chapelle est fermé mais il faut aller où maintenant ?", se demande un jeune soudanais croisé dans l'immense campement du Millénaire (d’après le nom d’un centre commercial situé en face du camp), le long du canal Saint-Denis, entre la porte de la Villette et la porte de la Chapelle.

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Même les bénévoles aperçus dans ce camp avouent être désœuvrés. "À l’heure actuelle, personne ne sait où il faut les orienter. Les centres d’accueil de jour n’ont, semble-t-il, pas encore ouverts. C’était plus simple avec le CPA, tout était centralisé", souffle un membre associatif qui souhaite rester anonyme. Les personnes dites "vulnérables" - familles avec enfants, femmes seules et mineurs isolés - sont les seules à pouvoir espérer trouver des solutions. "Nous mettons les mineurs et les familles à l’abri mais pour le reste, on ne peut actuellement pas faire grand-chose".

1 400 migrants se sont installés le long du canal Saint-Denis, dans le nord de Paris. Crédit : InfoMigrantsMême son de cloche du côté de l’association Utopia 56 qui organise des maraudes dans le nord de la capitale. "Nous sommes dans un flou artistique. On ne sait pas quoi dire aux migrants. Comment bien orienter les gens quand nous-mêmes nous manquons d’informations ?", s’indigne Yann Manzi, membre de l'association.

Près de 2 000 migrants à la rue

Dans l’attente d’informations claires, le camp du Millénaire grossit chaque jour un peu plus faisant de ce lieu le plus grand campement de Paris. "Ils étaient près de 300 il y a un peu plus d’un mois, aujourd’hui ils sont environ 1 400", signalait il y a quelques jours à InfoMigrants la Mairie de Paris.

La Mairie de Paris a installé des points d'eau et des sanitaires dans le camp du Millénaire. Crédit : InfoMigrantsSelon une bénévole présente sur le camp, la fermeture du centre de La Chapelle a provoqué une augmentation du nombre de personnes vivant dans la rue : "C’était déjà difficile à l’époque du CPA mais alors là c’est encore pire", estime-t-elle. Pierre Henry de FTA reste cependant confiant : "C’est normal que le démarrage prenne du temps mais le dispositif va se régler rapidement".

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Selon les derniers décomptes de France Terre d’asile, 1 885 migrants sont contraints de dormir dehors. Parmi eux, nombreux sont ceux sous procédure Dublin. "Le problème des personnes à la rue va perdurer avec ce nouveau système. Les ‘dublinés’ ne veulent pas aller dans les CAES car ils savent très bien qu’ils vont être renvoyés en Italie", explique encore Yann Manzi. "À force de créer des dispositifs de renvois, les migrants vont tous aller à Calais et on sait que ce n’est pas la solution".

 

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