Des migrants devant un refuge à Bani Walid, en Libye, le 25 mars 2018. Crédit : Reuters
Des migrants devant un refuge à Bani Walid, en Libye, le 25 mars 2018. Crédit : Reuters

L’accord mis en place entre l’Union européenne et le gouvernement d’Union nationale à l’été 2017 dans le but de réduire les arrivées de migrants en Europe, a fragilisé encore plus les personnes bloquées sur le territoire libyen : les actes de tortures se sont accentués et les trafiquants demandent davantage d’argent.

Les projecteurs ne sont plus braqués sur la situation des migrants en Libye, et pourtant selon des représentants de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), leurs conditions de vie se sont encore dégradées depuis l’été dernier et la signature en juillet 2017 d’un accord entre l’Union européenne (UE) et le gouvernement d’Union nationale à Tripoli pour réduire l’immigration clandestine depuis les côtes libyennes.

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Ces quatre dernières années, plus de 600 000 personnes ont gagné l’Italie depuis la Libye, faisant du pays le principal point de passage des migrants africains. Déterminés à réduire le flux d’arrivée sur les côtes européennes, les États de l’UE se sont engagés à fournir une aide financière aux autorités libyennes, à former leurs garde-côtes et à verser des millions d’euros via les agences humanitaires de l’ONU pour améliorer les conditions de vie dans les camps de détention.

Mais la situation est toujours "insupportable" selon des membres du Haut-commissariat pour les réfugiés à l'ONU (HCR), elle se serait même aggravée. Les migrants sont en effet piégés plus longtemps par des groupes armés qui usent de la torture pour leur extorquer davantage d’argent. "Les actes de torture se sont accentués. La route maritime est fermée […] Si vous ne pouvez pas traverser, il y a plus de torture", déclarent avec fatalisme à l’agence Reuters deux volontaires qui travaillent avec les communautés de migrants dans la capitale, Tripoli.

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Les passeurs reculent à l'intérieur des terres

Des photos et vidéos de torture sont envoyées aux familles afin de les inciter à transférer de l’argent depuis leur pays d’origine. Youssef, un Sénégalais de 24 ans raconte avoir été détenu pendant trois mois dans une prison cachée à l’extérieur de Bani Walid (à environ 145 km de Tripoli) avant que ses parents ne parviennent à réunir 1 500 dollars pour le faire libérer. "Nous avons été battus, torturés à l’aide de câbles électriques. Nous n’avions rien à manger. Des gens sont morts là-bas", explique-t-il à Reuters.

La signature de l’accord avec l’UE a aussi eu pour conséquences de faire fuir les passeurs - qui détenaient les centres de détention le long des côtes libyennes - vers l’intérieur des terres notamment dans les zones désertiques autour de Bani Walid. "Les trafiquants sont en bande et transfèrent les migrants d’un gang à un autre. Je prends ma part, vous recevez le migrant et vous prenez votre part. Et ainsi de suite", explique une bénévole érythréenne.

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Selon un rapport de l’ONG Amnesty international publié en décembre, les garde-côtes libyens travailleraient main dans la main avec les réseaux de trafiquants, allant jusqu’à pratiquer eux aussi la torture pour extorquer de l’argent aux migrants.  

 

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