La Grande-Bretagne quittera l’UE en mars 2019
La Grande-Bretagne quittera l’UE en mars 2019

Les discussions sur l'immigration au Royaume-Uni se sont intensifiées, avec une pression de plus en plus forte sur le gouvernement après le scandale Windrush : ces enfants d'immigrés de longue date qu'on a menacé d'expulser. Le débat a suscité de nombreuses questions sur la forme que prendra la politique britannique en matière d'immigration et d'asile après son départ de l'Union européenne.

La Première ministre britannique, Theresa May, fait face à des pressions croissantes en matière d'immigration depuis la mi-avril, lorsque le scandale Windrush a éclaté. Les générations Windrush, du nom du navire qui a amené le premier groupe d'immigrants antillais en Grande-Bretagne en 1948, ont été invitées à venir travailler au Royaume-Uni après la Seconde Guerre mondiale. Suite à des changements mis en place lorsque Theresa May était ministre de l’Intérieur, beaucoup d'entre eux se sont vu refuser des soins de santé, ont perdu leur emploi et ont été menacés d'expulsions, alors qu'ils vivaient légalement en Grande-Bretagne depuis des décennies.

Un ‘environnement hostile’ à l’ordre du jour

Beaucoup de personnes, à l’instar du directeur du groupe de réfugiés "Migrant Voice", Nazek Ramadan, critiquent, dans le scandale Windrush, l'environnement dit "hostile" créé par le gouvernement. En 2013, une politique a été mise en place pour créer - selon les propres termes de Theresa May - " un environnement vraiment hostile pour les migrants illégaux " dans tous les départements du gouvernement.  Résultats :  des contrôles d'immigration ont été instaurés avant qu'une personne puisse obtenir un compte bancaire, un permis de conduire ou des soins de santé de base.

"[Nous] avions depuis longtemps mis en garde le gouvernement contre "l'environnement hostile", parce qu’il pourrait avoir des conséquences négatives sur les personnes appartenant à diverses minorités ethniques. Les générations Windrush ont été prises au piège", explique Nazek Ramadan.

La campagne du ministère de l'Intérieur britannique pour créer un environnement hostile

Le gouvernement s'est excusé auprès des survivants de Windrush et leur a offert des passeports gratuits. En revanche, il n'a pas été en mesure de contenir les critiques sur sa gestion de l'immigration, y compris sur sa position concernant les réfugiés.

En outre, les critiques s'intensifient en raison de l'incapacité du Royaume-Uni à présenter des politiques claires sur d'autres aspects de la politique migratoire, et sur la manière dont elles changeront après Brexit.

La sortie de l’Union Européenne

Le 29 mars 2019, le Royaume-Uni quittera officiellement l’Union Européenne. Ensuite, il y aura une période de transition de deux ans, afin que le départ des Britanniques se fasse le plus en douceur possible. On ne sait pas encore clairement à quoi ressemblera la période de transition, ni quel impact ce départ aura sur des sujets comme les accords commerciaux, les droits des citoyens ou encore l'immigration.

Les ministres britanniques ont récemment déclaré qu'une politique d'immigration post-Brexit serait dévoilée à l'automne. La ministre de l'Immigration, Caroline Nokes, a déclaré à la BBC qu'elle était déterminée à élaborer une " politique fondée sur des preuves " et que le gouvernement attendait les recommandations du Comité consultatif sur les migrations, un organisme public indépendant qui conseille le gouvernement sur les questions de migration.

Des pressions sur le gouvernement

Le gouvernement britannique subit des pressions en matière d'immigration sur de nombreux fronts. D'abord, de la part de ceux qui ont voté pour Brexit : le contrôle total de la Grande-Bretagne sur ses frontières était au centre de la campagne pour quitter l'UE. Ils s’attendent donc à ce que le gouvernement réduise l'immigration, y compris en limitant l'admission des réfugiés.

Mais les entreprises s'inquiètent également parce qu’après le Brexit, elles ne pourront plus trouver les travailleurs dont elles ont besoin en cas de réduction de la migration. Et il y a certaines parties du Royaume-Uni, l'Écosse notamment, qui sont en faveur d'un plus grand nombre d'immigrants, qui, selon elles, stimulera leur économie.

Business as usual

Les migrants les plus touchés par le Brexit seront les Européens - ceux qui vivent au Royaume-Uni ou qui veulent y travailler. Les personnes qui ont résidé en Grande-Bretagne sont susceptibles d'être autorisées à rester, mais les migrants peu qualifiés qui espèrent s'installer au Royaume-Uni peuvent s'attendre à ce qu'il soit plus difficile d'y entrer.

Pour les migrants non européens, le Brexit aura peu d'implications directes, selon Alexander Betts, professeur spécialiste de la migration forcée et des affaires internationales à l'Université d'Oxford.

Le Royaume-Uni disposait déjà d'une plus grande flexibilité que les autres membres de l'UE, ce qui lui permettait de participer ou non aux politiques de l'UE concernant les migrants et les réfugiés. Par exemple, le Royaume-Uni ne fait pas partie de l'espace Schengen sans contrôle aux frontières, ce qui a maintenu le nombre de demandeurs d'asile arrivant en Grande-Bretagne à un niveau relativement bas. Et cela ne changera pas.

Westminster va devoir respecter la plupart de ses engagements en matière d'asile et de droits de l'homme.

Maintien du règlement Dublin

Nazek Ramadan fait partie de ceux qui pensent que peu de choses changeront après le Brexit. "Il est de plus en plus difficile pour les gens de venir ici ", explique-t-elle. Elle pense également que le gouvernement continuera à mettre en œuvre le règlement Dublin, ce qui signifie qu'il pourra renvoyer des personnes venues d'Europe. "Nous avons écrit aux membres du gouvernement.... et ils nous ont répondu qu'ils n'avaient pas l'intention d'abandonner Dublin ", raconte Nazek Ramadan.

Selon Jean-Pierre Gauci de l’Institut Britannique de droit international et comparé, le Royaume-Uni devrait négocier un arrangement spécifique pour continuer à participer au système de Dublin.

Maintien des obligations internationales

Les obligations du Royaume-Uni à l'égard des demandeurs d'asile et des réfugiés découlent de la Convention des Nations Unies sur les réfugiés, à laquelle le Royaume-Uni reste un Etat partie. La Convention énonce des droits tels que le droit de ne pas être renvoyé dans des pays où l'on risque d'être persécuté et le droit d'accéder au marché du travail, à l'éducation et aux soins de santé.

Le Royaume-Uni doit également respecter les obligations qui lui incombent en vertu du droit international des droits de l'homme, notamment la protection contre la torture et les traitements cruels et inhumains.

Le Royaume-Uni n'a pas participé au programme de relocalisation de l'UE et il n'a accueilli aucune des 160 000 personnes venant de Grèce et d'Italie, contrairement aux autres membres de l'UE. Mais indépendamment de l'UE, le Royaume-Uni s'est engagé à réinstaller des personnes venant de l'extérieur de l'UE dans le cadre du programme de réinstallation du HCR. Cela inclut 20 000 réfugiés syriens d'ici 2020. En 2016, le pays s'est également engagé à réinstaller d'autres personnes à risque, en particulier les enfants. Ces engagements ne seront pas affectés par le Brexit.

Le Royaume-Uni devra aussi respecter les obligations qui lui incombent en vertu du protocole des Nations unies sur le trafic d’êtres humains afin de lutter contre ce phénomène. Il continuera à devoir participer aux opérations de recherche et de sauvetage en mer. Ce qui changera, c'est que le Royaume-Uni ne participera plus aux opérations de lutte contre le trafic en Méditerranée, qui sont coordonnées par Frontex.

Alors que la législation de l'UE contre le trafic ne s'appliquera plus au Royaume-Uni après le Brexit, la Grande-Bretagne restera Etat partie à la Convention du Conseil de l'Europe sur la traite des êtres humains, et au Protocole des Nations Unies sur la traite des êtres humains. Elle devra aussi continuer à respecter la Convention européenne des droits de l'homme.

Calais

Immigration et demandeurs d'asile au Royaume-Uni : faits et chiffres

Selon les chiffres les plus récents de l'Office des Statistiques Nationales du Royaume-Uni, l'immigration nette s'élèverait à 244 000 personnes au cours de la période de douze mois se terminant en septembre 2017. Cela reflète une baisse, mais c'est quand même beaucoup plus que l'objectif du gouvernement qui ne veut pas dépasser les 100 000 personnes. Au cours de cette période, l'immigration en provenance de pays extérieurs à l'UE a atteint le niveau le plus élevé depuis six ans.

D’après les chiffres de l'Office, en 2017, le Royaume-Uni a accordé l'asile, des formes alternatives de protection ou de réinstallation à près de 15 000 personnes, dont 40 % ont moins de 18 ans. En outre, 5 218 visas de regroupement familial ont été délivrés aux partenaires et aux enfants des personnes bénéficiant de l'asile ou d'une protection humanitaire au Royaume-Uni, soit une diminution de 14 % par rapport à l'année précédente. 10 538 Syriens ont bénéficié d'une protection au Royaume-Uni dans le cadre du Vulnerable Person Resettlement Scheme (programme de réinstallation des personnes vulnérables) depuis son lancement en 2014.

Selon les statistiques du ministère de l'Intérieur, en 2017, le Royaume-Uni était cinquième sur la liste des pays de l'UE recevant des demandes d'asile avec 33 500 demandes. Le plus grand nombre de demandes adressées au Royaume-Uni provenait d'Iraniens, suivis des ressortissants du Pakistan et de l'Irak. L'Allemagne est en tête de liste avec 199 200 demandes, suivie de l'Italie avec 128 800 et de la France avec 98 800.

 

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