Des équipes de MSF simulent des exercices d'urgence sur l'Aquarius, en 2017. Crédit : InfoMigrants
Des équipes de MSF simulent des exercices d'urgence sur l'Aquarius, en 2017. Crédit : InfoMigrants

Pour les migrants primo-arrivants, l’accès aux soins en France est un parcours du combattant. Pourtant, la majorité d’entre eux fait face à de graves traumatismes ou à des maladies qui nécessiteraient un suivi médical. InfoMigrants a interrogé Nicolas Viguier, spécialisé dans la santé des migrants et dans les maladies infectieuses au Centre hospitalier de Melun.

Quelles sont les maladies que vous diagnostiquez le plus souvent lors des consultations de primo-arrivants ?

Lors des visites que j’effectue dans les CHUM (centre d’hébergement d’urgence pour les migrants) et dans le CAES (centre d’accueil et d’examen des situations des migrants) en Seine-et-Marne, je fais face le plus souvent à des diagnostiques liés à de lourds problèmes psychologiques. Les patients subissent des traumatismes profonds liés aux violences de la route de l’exil. Nous avons également des cas d’anxiété, des syndromes dépressifs.

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Viennent ensuite des soucis d’ordre musculaires dus aux longues marches, au fait de dormir par terre… Beaucoup souffrent de courbatures. Nous rencontrons aussi des problèmes de peau, des cas de mycose, de gale. Il y aussi des problèmes de bronchites, d’angines, parce que ces personnes sont souvent dehors et qu’elles prennent froid.

Et les infections plus sérieuses ?

Nous avons déjà été confrontés à des cas de tuberculose, de personnes atteintes de VIH mais cela reste des cas rares par rapport au volume des consultations.

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La tuberculose est la maladie de la précarité. C’est aussi une maladie qui se guérit bien mais qui peut s’avérer très grave si elle n’est pas prise en charge. C’est pour cela que nous sommes vigilants aux symptômes de la maladie : fatigue, perte d’appétit et de poids, sueurs nocturnes, toux chronique...

A Calais, il y a eu récemment des cas de rougeole, là aussi, cela reste très rare. D’autres ont attrapé la varicelle. Il est amusant de remarquer que les cas de varicelle ont été contractés après l’arrivée en France, au contact avec la population française. Cette infection n’est pas fréquente dans les pays est-africains.

Y a-t-il un problème d’accès aux soins pour les migrants ?

Il existe des dispositifs pour aider les personnes sans papiers, sans couverture sociale, en grande précarité : les permanences d’accès aux soins de santé (PASS). Il en existe plusieurs en Ile-de-France Le problème est d’y accéder. Il existe aussi une visite médicale obligatoire à l’Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration), mais cette visite est dispensée après l’obtention d’un titre de séjour. Or la majorité des patients que nous rencontrons sont sans papiers ou encours de procédure.

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Ce sont souvent les personnes les plus vulnérables qui ont un retard de l’accès à la couverture maladie – du fait d’un manque d’accompagnement social après l’arrivée en France.

Il y a aussi un problème financier. Nous n’avons pas les moyens d’effectuer des maraudes avec un camion médical, par exemple, et d’aller à la rencontre des patients dans les camps de migrants à Paris.

Pour la tuberculose, l’idéal serait de pouvoir mener des tests de dépistage sur tous les patients rencontrés. Mais dans le CAES de Seine-et-Marne, on reçoit entre 50 et 150 nouveaux résidents par semaine, ce n’est pas possible. Et dans les camps, il faudrait louer un camion équipé en appareils médicaux (pour effectuer des radios pulmonaires), pour une durée indéterminée ! Là non plus, nous n’avons pas de moyens suffisants.


 

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