Archive. Le 7 janvier dernier les gardes-côtes libyens ont intercepté près de 270 migrants en mer Méditerranée. Ils ont été reconduits à Tripoli vers un centre de rétention. Crédit : ANSA/Z. Abusrewil
Archive. Le 7 janvier dernier les gardes-côtes libyens ont intercepté près de 270 migrants en mer Méditerranée. Ils ont été reconduits à Tripoli vers un centre de rétention. Crédit : ANSA/Z. Abusrewil

Rescapés d'une opération de secours chaotique en Méditerranée, 17 migrants ont porté plainte devant la Cour européenne des droits de l'homme contre le gouvernement italien. En cause, la coopération avec les gardes-côtes italiens qui interceptent en mer des migrants en route vers l'Europe.

Ils pensaient avoir échappé à l'enfer de la Libye. Dix-sept migrants rescapés d'une opération de secours chaotique menée en mer Méditerranée par les gardes-côtes libyens ont porté plainte auprès de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) contre le gouvernement italien. Ils accusent Rome de se défausser sur des gardes-côtes libyens "négligents et violents", ont annoncé mardi 8 mai des associations.

Les 17 rescapés d'une de ces opérations de sauvetage souhaitent que la CEDH ordonne à l'Italie de verser des dommages aux plaignants et surtout de mettre fin à sa politique de renvoyer les migrants vers la Libye, déjà condamnée en 2012.

La plainte a été déposée la semaine dernière par 17 Nigérians, partis de Tripoli le soir du 5 novembre à bord d'un canot surchargé, qui s'est en partie dégonflé en début de matinée le lendemain. Selon une reconstitution détaillée de l'organisation Forensic Architecture, s'appuyant sur les images de l'ONG allemande Sea-Watch et de nombreux autres documents, les gardes-côtes libyens sont arrivés les premiers mais ne se sont pas préoccupés des personnes à l'eau, qui ont été récupérées par les secouristes allemands. Parmi les migrants encore sur le canot, l'espoir d'être conduits en Europe, mais aussi la rudesse des gardes-côtes libyens, ont poussé certains à sauter à l'eau pour rejoindre les secouristes allemands.

Dans le chaos, cinq personnes se sont noyées, dont un jeune enfant, tandis que 59 personnes récupérées par Sea-Watch ont été conduites en Italie et 47 autres - celles sur le canot - ramenées en Libye. Selon le récit des rescapés, le canot comptait 130 à 150 passagers au départ, ce qui laisse au moins une vingtaine de disparus, pour la plupart quand le canot s'est dégonflé.

 À l'époque, Sea-Watch et les gardes-côtes libyens s'étaient mutuellement accusés de la mauvaise gestion de ce sauvetage.

Les plaignants (15 conduits en Italie et deux reconduits en Libye et ayant opté pour le retour au Nigeria pour échapper à la détention) accusent l'Italie d'avoir enfreint leurs droits en "sous-traitant" les secours en mer à la Libye, dans le cadre d'accords controversés mis en place en 2017 avec les autorités libyennes pour bloquer les flux de migrants en Méditerranée. Les accords avec les autorités et les milices libyennes, qui s'accompagnent d'un appui concret aux gardes-côtes libyens, ont fait chuter de 80 % les arrivées en Italie cette année par rapport à 2017. Mais de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer le fait que ces migrants, certes "sauvés" en mer par les Libyens, sont renvoyés en détention en Libye, où ils subissent violences et extorsions. 

 

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