Un cours de français à l'association Kali près de Paris. Crédit : Constance Léon
Un cours de français à l'association Kali près de Paris. Crédit : Constance Léon

Située à Montreuil, l'association Kali, composée exclusivement de femmes, accompagne des exilées dans leurs démarches administratives, juridiques et de santé. Dans des locaux confortables, une vingtaine de bénévoles proposent également des cours de français, des ateliers de couture, des concerts, des repas et une garde d’enfants.

Sous la chaleur de la verrière de l’entrée, quatre femmes attendent. La plupart d’entre elles viennent régulièrement à l’association Kali pour partager un moment de détente. C'est aussi l'occasion pour elles de confier leurs enfants à des bénévoles pendant quelques heures. L’association est un lieu de répit pour ces femmes habituées à devoir se cacher et dont le parcours sur la route de l’exil a souvent été jalonné de difficultés, voire de violences.

Les bnvoles de Kali accompagnent les exiles en franais Crdit  Constance Lon"Un lieu et un temps dédiés aux femmes exilées"

En février 2016, Marion Jobert fonde l’association Kali avec six autres femmes. "Certaines d’entre nous ont passé du temps dans les camps de Pajol et Eol, dans le nord de Paris, pour faire du bénévolat. Il y a deux ans, nous ne voyions jamais d’exilées. Ces femmes se rendent invisibles pour se protéger. Avec Kali, nous avons créé un lieu et un temps uniquement pour elles, avec des réponses individuelles", raconte Marion Jobert. Cette juriste de 30 ans est déléguée générale et responsable du pôle juridique de Kali.

Dans l’entrée, Noémie, l’une des bénévoles, accueille les exilées en leur proposant quelque chose à boire. "La plupart ont été victimes de violences liées à leur genre dans leur pays, sur le parcours d’exil ou en arrivant en France. La non-mixité de l’association permet aux femmes d’aborder des questions intimes dont elles ne peuvent parler à personne d’autre", détaille-t-elle. Cette institutrice diplômée d’un master de français langue étrangère (FLE) est responsable du pôle langues de l’association.

Les femmes viennent avec leurs enfants  Kali Crdit  Constance LonAu rez-de-chaussée, trois femmes patientent accompagnées de leurs bébés. Elles guettent le début du cours de français. À l’heure du cours, trois bénévoles viennent chercher les bébés et les jeunes enfants. En les voyant arriver un grand sourire se dessine sur le visage d’un des petits garçons sri lankais, tandis que sa mère, Gowry, monte assister à un cours de français au premier étage. Un peu plus loin, Kerina, la trésorière de l’association, félicite le petit Anish, qui vient aussi du Sri Lanka, pour son dessin. "Nous avons réussi à mettre en place un accueil régulier et de qualité pour les enfants. Ils se sentent en confiance, moins ballottés qu’au quotidien", décrit la jeune femme de 33 ans, qui exerce par ailleurs le métier de directrice de crèche.

Au premier étage, quatre bénévoles dispensent un cours de français à dix migrantes. Maimouna fait partie du groupe. En écoutant les enseignantes bénévoles, elle allaite son fils Bilal, qui est né un mois après son arrivée en France, il y a un an. "Je viens ici pour apprendre à parler le français correctement", se réjouit l’Ivoirienne de 20 ans qui assiste aux cours de Kali depuis juin 2017.

Les exiles peuvent apprendre le franais sans leurs enfants  Kali Crdit  Constance LonUn accompagnement juridique et social

Sur les canapés du rez-de-chaussée, une femme aux tresses de couleur rouge attend Éléonore Thénot, co-présidente de l’association, qui tient la permanence juridique ce jour-là. Après avoir obtenu des précisions auprès d’associations partenaires, comme Droits d’urgences, l’équipe de Kali passe en revue avec les femmes qui viennent chercher de l’aide les démarches possibles. La jeune femme nigériane qu’Éléonore a reçue aujourd’hui trouvera ainsi un accompagnement pour l’écriture de son récit d’asile, puis pour préparer son entretien à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).

"Nous informons principalement sur les droits et le parcours d’un demandeur d’asile. Elles nous questionnent aussi souvent sur la régularisation, la carte de transport, la couverture sociale et surtout, l’hébergement", détaille Éléonore Thénot, qui souligne que de nombreuses femmes qui viennent chercher une aide à l’association sont "dublinées", elles sont entrées en Europe par un autre pays que la France et doivent donc effectuer leur demande dans ce pays en question.

Quand arrive l'heure du dîner, comme tous les jeudis, femmes, bénévoles et enfants se rassemblent dans la salle à manger pour partager un repas. Certaines se donnent rendez-vous dimanche pour aller au marché. "Nous avons créé de belles amitiés féminines grâce à Kali", sourit Frédérique, l’une des bénévoles.

Association Kali, "Comme Vous Émoi", 5 rue de la révolution, 93100 Montreuil, permanence tous les jeudis de 18h à 20h, suivie d’un repas solidaire. Plus d’informations sur associationkali.org


 

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