Photo d'archive, dans l'ancien camp humanitaire de Grande-Synthe, en 2016. Crédit : Mehdi Chebil
Photo d'archive, dans l'ancien camp humanitaire de Grande-Synthe, en 2016. Crédit : Mehdi Chebil

Un migrant irakien d'une vingtaine d'années a été blessé de deux balles dans le dos dimanche après-midi à Grande-Synthe (Nord). Rien d’étonnant pour les associations d’aide aux migrants conscients que des armes circulent dans les camps de fortune.

Touché de deux balles dans le dos. Un migrant irakien d’une vingtaine d’années a été grièvement blessé dimanche 20 mai dans l’après-midi, à Grande-Synthe, dans le nord de la France. Les faits ont eu lieu peu après 15h à proximité du bois du Puythouck où vivent des dizaines de migrants.

"L'homme a été transporté au centre hospitalier de Dunkerque", a indiqué la préfecture du Nord précisant que l'auteur des tirs n'a pas été identifié. À ce stade, "les médecins ne se prononcent pas sur son état de santé", a ajouté une source policière.

C’est la première fois que des affrontements violents ont lieu à Grande-Synthe, explique l’association l'Auberge des migrants. "Il y a pas mal de tensions, de violences à cause des passeurs et des trafiquants. Parfois, la police arrête des gens, mais nous n’avions jamais eu de blessé par balles", précise Alexandra, membre de l’association. "Nous savons que des armes existent et qu'elles circulent mais nous ne les voyons jamais", ajoute-t-elle. Le 16 mai, un passeur kurde irakien, armé, a été arrêté par les autorités. Il avait été plusieurs fois condamné et était activement recherché.

"Les passeurs utilisent leurs armes contre les autres passeurs"

Selon François Guennoc, le président de l’Auberge des migrants, la présence d'armes à Calais et à Grande-Synthe est problématique mais elle n'est pas une nouveauté. Au mois de février, plusieurs migrants avaient déjà été blessés par balles à Calais lors d’une rixe entre Afghans et Africains. "Même du temps de la ‘Jungle’, il y avait des armes qui circulaient. Mais elles sont invisibles pour nous. Les passeurs les utilisent pour des opérations d’intimidation, pour mieux asseoir leur autorité face aux migrants, pour éviter des bousculades lors de la montée dans les camions sur les aires d’autoroute, par exemple."

À Grande-Synthe, les passeurs seraient en outre plus nombreux qu’à Calais, explique encore l’Auberge des migrants. Les armes aussi, donc. "Contrairement à Calais où la majorité des migrants sont des Africains plutôt pauvres, à Grande-Synthe, nous avons de nombreuses familles, des kurdes d’Irak, des personnes qui ont un peu plus de moyens, qui peuvent payer leur passage vers l’Angleterre. Cela attire les trafiquants", précise Alexandra qui n’est donc pas surprise par l’attaque à l’arme à feu de dimanche. "Je ne peux pas dire que je suis ahurie. On s’y attendait un peu…"

Malgré ces accès de violences, les associations d’aide aux migrants disent ne pas craindre pour leur vie. "En général, les passeurs utilisent leurs armes contre les autres passeurs", continue Alexandra. "Évidemment, nous sommes prudents, mais nos équipes sur le terrain connaissent bien les migrants. Elles savent à qui faire confiance et de qui il faut se méfier. Il faut savoir que les trafiquants ne s’intéressent pas aux ONG puisque nous n’interférons pas dans leur business. Et puis, je pense qu’ils ne prendraient pas le risque de s’en prendre à nous".

 

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