Depuis début janvier, 2 000 migrants ont été secourus par les sauveteurs espagnols. Crédit : Salvamento maritimo
Depuis début janvier, 2 000 migrants ont été secourus par les sauveteurs espagnols. Crédit : Salvamento maritimo

Le centre de secours maritime de Tarifa, dans le sud de l’Espagne, est en première ligne pour porter assistance aux migrants qui prennent la mer depuis le Maroc pour rejoindre l’Espagne. Si certains sont secourus par les sauveteurs espagnols, d’autres sont interceptés par la marine royale marocaine et renvoyés dans le royaume chérifien.

Chaque semaine, voire chaque jour, des dizaines de migrants sont repêchés par les sauveteurs espagnols en mer Méditerranée, à quelques kilomètres des côtes marocaines. La distance entre le royaume chérifien et l’Espagne n’est "que" de 14 km. De nombreux candidats africains qui veulent rejoindre l’Europe y voient donc une porte d’entrée privilégiée et rapide. Mais les dangers sont là. Adolfo Serrano Solis, chef du sauvetage maritime de Tarifa, dans le sud de l’Espagne, explique à InfoMigrants les dangers de la traversée et le déroulement des sauvetages des migrants.

>> À relire : Reportage : "Les navires de migrants ne sont pas équipés pour relier le Maroc à l’Espagne"

  • Comment se déroule un sauvetage des navires de migrants ?

Notre travail est de sauver les gens qui sont en danger : des particuliers, des pêcheurs, des migrants… Peu importe qu’ils soient migrants ou non, notre métier, c’est le sauvetage.

Concernant les migrants, nous sommes alertés par des ONG (comme Caminando fronteras ou Sar watch med), des amis ou des membres de la famille d’un migrant dès qu’une embarcation a quitté les rives marocaines. Parfois, ce sont les migrants eux-mêmes qui nous contactent quand ils sont en mer.

Une fois l’alerte reçue, les navires espagnols en coordination les navires marocains mobilisent leurs forces pour localiser le bateau en détresse - car on ne sait jamais exactement où il se trouve. Nous connaissons seulement le lieu et l’heure de départ de l’embarcation. Cela peut prendre des heures avant de la repérer.

On utilise aussi des hélicoptères et des avions pour repérer les embarcations.

Le Maroc, qui est visible depuis le centre de sauvetage de Tarifa, ne se trouve qu'à 14km des côtes espagnoles. Crédit : Leslie CarreteroLa zone de recherche des navires espagnols s’étend jusqu’aux eaux marocaines, mais pas l’inverse. C’est-à-dire que la marine royale marocaine [qui porte assistance aux navires en détresse, NDLR] ne peut pas naviguer dans les eaux espagnoles.

Il arrive donc que Marocains et Espagnols se croisent sur la zone de recherche. Mais si nous arrivons en même temps sur un sauvetage dans les eaux marocaines, nous laissons la main à la marine royale marocaine.  Les migrants sont ramenés dans le pays de l’unité qui les a secourus.

Après avoir récupéré des migrants, nous contactons les autorités espagnoles et la Croix-Rouge qui les prennent en charge au port d’arrivée.

  • Comment les migrants traversent les 14km qui séparent le Maroc de l’Espagne ?

Le plus souvent, les migrants utilisent des barques en plastique qu’ils mènent dans les flots à l’aide de rames. Ces petites embarcations n’ont pas de moteur. La presse espagnole les appelle les "toys" [les "jouets" en français, NDLR]. Entre 4 et 12 personnes prennent place sur ces bateaux de fortune.

D’autres font la traversée à bord d'embarcations plus grandes, avec un moteur, et qui peuvent contenir entre 40 et 70 personnes.

Quand nous leur portons secours, les migrants sont stressés, trempés et fatigués. Le premier sentiment quand il monte sur notre bateau [de sauvetage], c’est le soulagement. Beaucoup souffrent de brûlures causées par le carburant du moteur qui se répand dans le bateau.

  • Avez-vous été confronté à des situations difficiles en mer ?

Nous avons remarqué que les migrants se jettent à la mer quand ils voient arriver les navires marocains. Ils craignent le renvoi au Maroc.

Il arrive aussi que lorsque nous venons secourir les embarcations, les migrants se lèvent tous en même temps dans le bateau. Le navire se renverse et cela peut provoquer des drames.

Enfin, il n’est pas rare que certains meurent en route avant l’arrivée des secours, en tombant dans l’eau, en se noyant.

  • Constatez-vous une augmentation du nombre d’arrivées ?

Je travaille au centre de secours depuis 1995,  et depuis ce jour, il n’y a pas eu un jour sans arrivée. Depuis le début de l’année, environ 2 000 migrants ont été secourus par les sauveteurs espagnols.

Les deux derniers mois [mars et avril 2018, NDLR], le flux s’était tari à cause de mauvaises conditions climatiques empêchant les navires de prendre la mer. Mais depuis le début du mois de mai, les traversées reprennent à un rythme effréné. Sur une seule journée, 12 embarcations ont débarqué dans les ports espagnols. C’est énorme !

Adolfo Serrano Solis est le chef du sauvetage maritime de Tarifa. Crédit : Leslie Carretero

 

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