Des migrants dans le désert, quelque part entre l'Algérie et le Niger. Crédit : capture d'écran d'une vidéo de Sylla Ibrahima Sory (expulsé d'Alger en novembre 2017)
Des migrants dans le désert, quelque part entre l'Algérie et le Niger. Crédit : capture d'écran d'une vidéo de Sylla Ibrahima Sory (expulsé d'Alger en novembre 2017)

Malgré les allégations des ONG sur les reconduites dans le désert de sans-papiers sans eau ni nourriture, malgré les témoignages recueillis par les journalistes sur des expulsions violentes de migrants, l’Algérie se défend de porter atteinte aux droits de l’homme.

La méthode est souvent la même. Des gendarmes algériens arrivent dans un lieu où vivent - ou travaillent - des sans-papiers, généralement originaires d’Afrique subsaharienne, et leur demandent s’ils sont des papiers. Face aux réponses négatives des migrants, les autorités leur intiment de monter dans des bus, direction le sud de l’Algérie. De là, les migrants sont priés de quitter le pays, abandonnés en plein désert. Ils doivent rejoindre la frontière nigérienne ou malienne, à pied, dans le désert saharien, sans eau, ni nourriture.

Depuis plusieurs mois - voire plusieurs années -, les ONG et les médias relatent ces expulsions "violentes" de centaines de migrants, pour la plupart d'Afrique subsaharienne, par les autorités algériennes. Aujourd'hui, les autorités d'Alger crient au scandale. Le ministère des affaires étrangères algériennes a dénoncé une campagne de "malveillance orchestrée par certaines ONG". "L'Algérie rejette avec force ces graves accusations qui visent [...] à porter atteinte à son image et à ses rapports avec ses voisins du Sud", explique le ministère, qui affirme que l'Algérie, "terre d'accueil et d'hospitalité", s'est "scrupuleusement et en toutes circonstances, acquittée de ses obligations internationales".

"Reconduits à la frontière sous la menace d'armes"

Les ONG sont en effet nombreuses à dénoncer le comportement des autorités algériennes :

- La Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH), des militants, syndicalistes et membres de la société civile avaient signé mi-mai un appel, baptisé "Nous sommes tous des migrant-e-s!" pour protester contre les expulsions de "migrant-e-s de diverses nationalités africaines [qui] sont refoulé-e-s aux frontières sans aucune décision de justice et au risque de leur vie”. 

Human Rights Watch (HRW) a appelé Alger à "traiter tous les migrants avec respect et décence, [à] leur donner la possibilité de contester leur expulsion et [à ] ne pas les exposer au risque de subir un traitement inhumain", a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’ONG. "La police a escorté [des migrants] vers des bus à destination de Bordj Badji Mokhtar, la dernière ville avant la frontière malienne, les confiant aux gendarmes, qui les ont reconduits à la frontière sous la menace des armes. Les migrants disent avoir marché dans le désert durant six heures avant de rallier In Khalil au Mali, la ville la plus proche de l’autre côté de la frontière", peut-on lire dans le rapport de HRW. 

- Médecins du Monde (MdM) a appelé au "respect de la vie humaine". "Des centaines de migrants subsahariens, dont des femmes enceintes et des enfants, ont été […] transportés le 13 février en bus vers Tamanrasset puis en camion, le 14 février à la frontière avec le Niger. Ils ont été ensuite contraints d’atteindre à pied, en plein désert, la ville de Assamaka, le premier centre urbain au Niger", écrivent-ils sur leur site

- Même l’ONU a tapé du poing sur la table. Le Haut Commissariat aux droits de l'Homme a appelé Alger "à cesser les expulsions collectives de migrants" notamment subsahariens. "L'expulsion collective de migrants, sans examen individuel [de leur cas] ou garantie de procédure régulière, est profondément alarmante et contraire aux obligations de l'Algérie vis-à-vis du droit humanitaire international", a estimé l’institution internationale.

"Quand nous avons enfin croisé une patrouille militaire nigérienne, nous avons su que nous étions sauvés"

Les ONG ne sont pas les seules à dénoncer le comportement de l’Algérie face aux migrants. Les médias aussi. Cette semaine, InfoMigrants a reçu le témoignage d’un jeune Guinéen qui a documenté et filmé son expulsion dans le désert – après avoir été "raflés" à Alger. "Ils nous ont laissés seuls dans le désert et nous ont dit de rejoindre la frontière nigérienne. Nous n’avions pas d’eau, pas de nourriture. Certains avaient encore des petites bouteilles d’eau de la veille, c’est tout. J’avais peur. Nous avons marché plusieurs heures, cinq heures je crois […] Nous avons enfin croisé une patrouille militaire nigérienne. Nous avons su que nous étions sauvés". 

Ces derniers mois, RFI aussi n’a eu de cesse de rappeler que des expulsions avaient bien lieu vers le désert malien ou nigérien. Le Niger n’avait d’ailleurs pas caché son désarroi face à ces méthodes de renvoi : "Je suis surpris que ces Africains nous arrivent par nos frontières [dans le désert] alors que, selon moi, ils doivent tous être envoyés chez eux par des voies appropriées", avait déclaré Sadou Soloké, le gouverneur de la région d'Agadez. Les Observateurs de France 24 , de leur côté, avaient enquêté sur ces expulsions redoutées par les migrants d’Algérie. 


Les autorités algériennes assurent pourtant que les "reconduites à la frontière" de "migrants illégaux" se sont déroulées dans le "strict respect de la dignité et des droits humains" et "en étroite concertation avec les Etats dont ils sont ressortissants". 

L'Algérie fait face ces dernières années à un afflux de migrants d'Afrique subsaharienne, estimés à quelques 100 000 dans le pays par les ONG.

 

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