Crédit : Wasé Mohsin

Dès l'aube, la police a procédé à l'évacuation du camp dit du "Millénaire" situé près de la porte de la Villette à Paris. Plus de 1 700 personnes vivaient là sous des tentes. Ils ont été orientés vers des gymnases et des centres d'hébergements en attendant l'examen de leur situation administrative. InfoMigrants était sur place.

C'est la fin du camp du Millénaire. La police a évacué tôt, ce mercredi 30 mai, le camp de migrants installé en bordure du canal Saint-Denis près de la Porte de la Villette, dans le nord de Paris. Il s'agissait du campement le plus important de la capitale.

Charlotte Boitiaux, journaliste pour le site InfoMigrants, et présente sur place, a décrit une ambiance calme : "C'est assez étonnant, car on aurait pu s'attendre à une ambiance plus tendue. On a rencontré beaucoup de migrants plutôt contents de sortir de cet enfer. Certains avaient même déjà préparé leurs affaires à l'arrivée de la police." À l'aube, en effet, de nombreux migrants et demandeurs d'asile attendaient avec leurs valises, le long du canal, l'arrivée des forces de l'ordre. D'autres repliaient leurs tentes et finissaient de rassembler leurs affaires. Seule une poignée de personnes dormaient encore à 5h30.

Au total, 1 016 migrants seront évacués en moins de trois heures. Un chiffre en deçà des estimations des ONG qui comptaient près de 1 700 personnes dans le camp. Beaucoup sont partis avant l'arrivée de la police, expliquent les associations. "Il y a des personnes qui sont parties hier soir. D'autres sont parties très tôt ce matin. Il n'y avait donc plus beaucoup de réfractaires à l'évacuation dans le camp, ce mercredi matin", a expliqué un bénévole, sur place. InfoMigrants a en effet aperçu vers 4h30, des groupes de personnes qui s'éloignaient rapidement de la Porte de la Villette avec des valises et des sacs à dos.

L'évacuation du camp du Millénaire a ensuite débuté vers 6h du matin. Les familles, les femmes seules et les enfants ont été évacués en premier, encadrés par des agents de la Mairie de Paris et de France Terre d'asile (FTDA). Des bus spéciaux les attendaient à l'entrée du campement. "Nous sommes venus tôt, avec des interprètes, pour repérer les publics vulnérables et leur expliquer ce qui allait se passer", a expliqué un membre de FTDA, en passant de tentes en tentes."Nous sommes là pour les rassurer, pour leur dire qu'ils vont être pris en charge."

Vers 7h, les autres migrants - des hommes seuls - ont fait des longues files d'attente encadrés par les CRS et des agents de l'Offi, avant d'être comptabilisés et de monter dans les cars. L'évacuation s'est déroulée dans le calme. "Je suis content de partir. Je n'en pouvais plus de vivre ici, c'est sale", a précisé Ali, un réfugié soudanais de 25 ans, croisé dans le camp. "Ma situation a été régularisée, j'ai eu mon statut de réfugié, mais je n'ai pas de toit", continue-t-il. "Les ONG m'ont dit qu'avec l'évacuation, j'allais être redirigé vers une structure adaptée à ma situation". 

Les migrants, soudanais, érythréens notamment, ont tous été dirigés vers des sites d'accueil à Paris et en Île-de-France. En tout, 24 structures ont été ouvertes, dont 18 gymnases. La Ville de Paris a débloqué à elle seule 800 places. C'est dans ces centres d'accueil provisoires que la situation administrative des migrants sera examinée. Il va falloir distinguer les demandeurs d'asile, les dublinés ou encore les déboutés.

Le campement du Millénaire était au cœur d'un bras de fer entre le gouvernement et la mairie de Paris, qui se renvoyaient la responsabilité de la gestion de ces migrants. Cette évacuation est la 35e organisée dans la capitale depuis trois ans. Deux autres campements sont installés depuis des mois à Paris : canal Saint-Martin, où vivent quelque 800 migrants, surtout des Afghans, et porte de la Chapelle, avec 300 à 400 personnes. Selon les autorités, leur évacuation devrait avoir lieu d'ici peu.

Les migrants ont été envoyés dans des gymnases pour se reposer. Crédit : InfoMigrants

 

Et aussi