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Plusieurs femmes, appelées "mamas", ont été condamnées à des peines de prison pour proxénétisme et traite d’êtres humains. Elles ont été accusées d’avoir fait venir illégalement des Nigérianes en France et de les prostituer de force.

"Si elles viennent [au procès], on aura plus rien à dire". Cette déclaration de l’une des proxénètes nigérianes placées sous écoute, a joué un rôle crucial au procès des "Authentic sisters", vaste réseau de proxénétisme nigérian tenu par des femmes, les "mamas". Ces dernières avaient "prié" pour que les plaignantes ne se présentent pas au procès pour témoigner contre elles. En vain.

Le tribunal a condamné quinze des seize prévenus, dont dix "mamas", pour proxénétisme aggravé et traite d'êtres humains. "Faut-il faire un exemple par ce dossier ? Oui, bien sûr", a lancé la présidente du tribunal correctionnel, Isabelle Prévost-Desprez, dénonçant des faits "d'une gravité exceptionnelle", "qui violent les principes fondamentaux de la République". 

Le réseau des "Authentic sisters", du nom d'un club de "mamas" installées en région parisienne, relève de la "délinquance organisée internationale", a insisté la présidente. C'est un immense réseau de proxénétisme où les victimes, des Nigérianes, étaient exploitées sexuellement, forcées de se prostituer. Considérée comme la tête pensante des "Authentic sisters", Happy Iyenoma, alias "Mama Alicia", a été condamnée à dix ans d'emprisonnement et 200 000 euros d'amende, Son mari également. Neuf des dix autres "mamas" jugées à ses côtés ont été condamnées à des peines allant de deux à dix ans de prison.

Sorcellerie, pression et aliénation

Les enquêteurs ont dénombré au moins une cinquantaine de victimes rien qu'entre 2013 et 2016. Issues pour beaucoup de Benin City, capitale nigériane du trafic d'êtres humains, ou de région rurales et pauvres du pays, elles étaient le plus souvent vendues par leurs familles à des recruteurs au Nigeria, en lien avec les "mamas" en France. La plupart des filles "recrutées" pensaient qu'elles seraient coiffeuses ou vendeuses, pas prostituées.

Leur "recrutement" était aussi effrayant que cruel. Avant le départ, les victimes étaient terrorisées au cours d'un rituel pratiqué par un sorcier, le "juju" - un "contrat de chair et de sang", a décrit la procureure. La victime et sa famille s'engageaient à ne jamais dénoncer le réseau. Elles s'engageaient aussi à rembourser la "dette", c'est-à-dire la somme déboursée par les passeurs pour les faire venir illégalement en France. 

Une jeune femme a raconté aux policiers ce qu'elle avait enduré, rapporte l’Express qui publie certains de ses propos : "Je devais jurer sur les ayelalas [divinités] que j'allais travailler pour Mama Alicia [Happy Iyenoma] et suivre les instructions de Mama DJ, sinon l'ayelala me tuerait. J'ai dû manger le coeur cru de la poule. J'étais nue. [Le sorcier] a mis du sang sur mon corps [...] J'ai tellement eu peur que j'y ai cru."

Une fois, sur le territoire français, "prisonnières de leur deuxième mère", la "mama", les jeunes femmes se retrouvaient sur le trottoir, souvent dans le quartier Château-Rouge à Paris, "dépourvues de ressources, de la possibilité de s'enfuir et de rompre ainsi avec le cycle du malheur", a déclaré la présidente Prévost-Desprez. Elles travaillaient sept jours sur sept, avec parfois plus d'une dizaine de clients par jour. Plusieurs victimes ont également témoigné à l'audience de l'enfer de ces réseaux : viols, avortements forcés et menaces sur leurs familles.


 

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