Des marcheurs dans les Alpes françaises. Crédit : Pixabay.
Des marcheurs dans les Alpes françaises. Crédit : Pixabay.

Trois corps ont été retrouvés dans les Hautes-Alpes, en France, au mois de mai, un jeune migrant est également toujours porté disparu. Pour les associations, ces drames étaient prévisibles. Elles réclament un changement de politique de l’accueil dans la région.

Quand les premiers corps ont été retrouvés, au mois de mai, au niveau du col du Montgenèvre et du col de l’Échelle, près de Briançon, dans les Hautes-Alpes françaises, Michel Rousseau n’a pas vraiment été surpris.

"Tout ce qui arrive, nous l’avions prédit", affirme le porte-parole de l’association Tous migrants. Depuis cet hiver, les associations venant en aide aux migrants qui arrivent d’Italie alertent sur les risques qu’encourent les personnes qui tentent de franchir à pied la frontière franco-italienne, sans matériel adapté. Depuis des mois, elles s’attendaient à ce qu’au printemps, avec la fonte des neiges, on retrouve des morts.

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Début mai, une jeune femme identifiée comme une migrante nigériane de 21 ans et prénommée Blessing, a été retrouvée noyée dans la Durance, près de Briançon. Quelques jours plus tard, deux corps d’hommes à la peau foncée ont été retrouvés au col de Montgenèvre pour l’un et du côté italien de la frontière, près du village de Bardonecchia, pour l’autre.

Un jeune homme est également toujours porté disparu. Il était parti de Libye avec un compagnon de route. Les deux jeunes gens avaient débuté le passage vers la France ensemble mais ils se sont perdus et l’un d’eux est tombé d’un rocher, a raconté le rescapé à des bénévoles du Refuge solidaire, une association de Briançon qui héberge des migrants.

"Les personnes sont très inquiètes par le changement politique en Italie"

À Briançon, les bénévoles, déjà débordés, se préparent à des arrivées de migrants plus nombreuses dans les semaines à venir. Le Refuge solidaire accueille déjà 70 à 80 personnes par jour. "Il y a tellement de monde qu’on met des gens dans la salle paroissiale de l’église", raconte Benoît Ducos, accompagnateur en montagne et bénévole au Refuge solidaire.

"Les personnes sont très inquiètes par les changements politiques qui ont eu lieu en Italie. Beaucoup cherchent à quitter le pays rapidement. Certains attendent aussi la fin du ramadan [le 14 juin NDLR] pour partir", ajoute-t-il.

Selon le bénévole, les migrants arrivent à Briançon "dans un état bien pire que cet hiver". Ils sont plus fatigués, stressés, affamés. En cause, selon lui, une présence policière renforcée et des forces de l’ordre utilisant des stratégies de guet-apens poussant les migrants à prendre "des risques inconsidérés" pour franchir la frontière.

Signalement au Procureur

L’association Tous migrants se demande si ce n’est pas cette pression policière qui aurait pu mener à la mort de Blessing. La jeune femme avait pris la route le 6 mai depuis les environs de Turin avec huit autres personnes. À un moment, le groupe s’est séparé en deux. Blessing est restée avec deux jeunes hommes. Au petit matin, cinq policiers ont surgit face à eux dans le village de La Vachette, à 3 km de Briançon, ont raconté les garçons aux bénévoles de Tous migrants. La surprise des trois migrants et leur fuite, les policiers sur les talons ont provoqué de l’agitation. Alors que la plupart des habitants dormaient encore. L’un d’eux, cité dans un article du Monde, a raconté avoir entendu "un chambardement".

Les trois migrants se dispersent, l’un des garçons est interpellé. Blessing, elle, disparaît. Elle n’a plus donné de nouvelles. Son corps a été retrouvé le 9 mai dans la Durance, au niveau du village de La Vachette. Elle a pu être identifiée grâce à une comparaison ADN avec sa sœur venue du Nigeria reconnaître son corps. Une enquête a été ouverte.

Quelques jours après la découverte du corps de la jeune migrante nigériane, l’association a envoyé un signalement au Procureur de la République de Gap pour mentionner ces informations qui pourraient, selon l’association, relever d’infractions telles que la mise en danger délibéré de la vie d’autrui, l’homicide involontaire, la non-assistance à personne en danger ou encore la discrimination d’une personne en raison de son physique ou de son apparence.

Dans un communiqué publié le 14 mai, Tous migrants fait savoir qu’au début du printemps, la Durance "connaît un débit très important, avec une température de l’eau de quelques degrés seulement". L’association rappelle également que "les pratiques policières reposant sur des guets-apens et des courses poursuites […] ont déjà occasionné plusieurs accidents parfois très graves, à l’exemple de celui survenu dans la nuit du 18 au 19 aout dernier". Deux migrants avaient chuté d’une falaise en tentant de fuir des gendarmes. Blessés, les deux hommes avaient dû être hospitalisés.

 

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