Kalikdan et un ami rencontré au campement de la Chapelle évacué le 29 janvier 2019. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants
Kalikdan et un ami rencontré au campement de la Chapelle évacué le 29 janvier 2019. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants

InfoMigrants a suivi pendant un peu plus de 24h Kalikdan, une jeune Érythréenne évacuée mardi 29 janvier du campement de la Chapelle où elle venait de s’installer, fraîchement arrivée en France. Elle raconte son périple jusqu’à Paris, ses espoirs et ses doutes.

  • Mardi 29 janvier, 7h30 : l’évacuation et l’incertitude

"Je m’appelle Kalikdan, j’ai 30 ans, je viens d’Érythrée. J’ai quitté mon pays il y a dix ans car ma famille était menacée, mes parents étaient considérés comme des opposants au gouvernement.

J’ai d’abord commencé par aller travailler en Syrie, c’était avant la guerre. J’étais employée de maison chez le frère de Bachar al-Assad. Mais les conditions de travail étaient très difficiles, je n’en pouvais plus, alors j’ai décidé de partir.

Je suis arrivée en Europe par la Grèce. J’y ai passé des années à essayer d’avoir des papiers. Mais je suis tombée enceinte et j’ai eu mon premier fils qui a sept ans aujourd’hui. Le second a deux ans.

Avec deux enfants à s’occuper, c’était impossible pour moi de les faire garder et donc de travailler en Grèce. J’étais également battue par mon mari alors j’ai divorcé et je suis partie.

J’ai dû renvoyer mon plus jeune fils en Érythrée où ma mère s’occupe de lui. Mon aîné est venu avec moi. Nous voulions aller en Angleterre mais sur le chemin, en Belgique, les services sociaux ont décidé de scolariser mon fils et de le placer en famille d’accueil. C’est très dur à vivre mais je crois que c’est la meilleure chose pour lui en ce moment. Je lui parle tous les jours par téléphone. Sa famille d’accueil m’envoie plein de photos, ils sont vraiment très gentils.

Je n’ai pas réussi à demander l’asile en Belgique, c’était compliqué et j’espérais encore pouvoir aller en Angleterre. Puis une fois en France, j’ai réalisé que c’était bien trop dangereux d’essayer d’aller en Angleterre. Et j’ai constaté que des Érythréens arrivaient à avoir l’asile en France.

Le campement de la Chapelle dans le nord de Paris a t vacu le 29 janvier 2019 Crdit  Anne-Diandra Louarn  InfoMigrantsJe vais donc tenter ma chance ici. Je suis arrivée il y a moins d’un mois. Je ne m’attendais pas à ces conditions de vie dans un pays comme la France… et pourtant je vis dans un camp. C’est très sale et je ne me sens pas en sécurité.

La police doit venir ce matin. Je ne sais pas où ils vont nous emmener, mais je vais suivre, c’est la meilleure chose à faire pour moi.

  • Mardi 29 janvier, 18h : l’attente interminable et les questions sans réponse

Depuis 10h ce matin je suis dans un local sous-terre. On nous a assis sur des chaises et on nous dit d’attendre, personne ne répond à nos questions. On doit être une centaine, des hommes, des femmes et une quinzaine d’enfants. Nous n’avons rien mangé depuis des heures, on nous a juste servi du thé et du pain grillé.

>> À (re)lire sur InfoMigrants : Soulagés, angoissés ou résignés : 300 migrants ont été évacués du campement de la Chapelle à Paris

Je ne sais même pas où je me trouve. On m’a juste dit le mot Bastille*, mais je ne sais pas où c’est.

Je sais qu’il faut que je me mette à l’abri à cause des chutes de neige prévues ce soir, mais je crois que je préfère être à la rue que dans un sous-sol pendant des heures à attendre des réponses à mes questions…

  • Mercredi 30 janvier, 12h : demande d’asile et espoirs

Finalement, vers 18h30 hier les gens du centre nous ont dit qu’il y avait une place pour dormir dans un lieu à l'extérieur de Paris. C’était très loin, il fallait y aller en train et je n’ai pas d’argent pour acheter un billet.

Je ne veux pas non plus m'excentrer car je vais déposer ma demande d’asile et j’ai besoin de pouvoir me déplacer dans Paris pour mes rendez-vous.

Heureusement, une amie érythréenne m’a proposé de la suivre chez une amie pour passer la nuit dans Paris. Je suis hébergée là pour l’instant. À partir de maintenant je vais mettre toute mon énergie pour obtenir des papiers. Mon but restera toujours de pouvoir faire venir mes deux garçons et que l’on soit enfin réunis."

*Bastille fait référence à un centre d’accueil pour femmes et familles dans le quartier de la place de la Bastille à Paris. Kalikdan y a été orientée lorsque le camp de la Chapelle a été évacué mardi 29 janvier.