Mohamed est arrivé à Paris depuis la Suède le 11 décembre 2018 pour éviter d'être déporter en Afghanistan où il encourt la peine de mort. Crédit : Louise Nordstrom/ InfoMigrants
Mohamed est arrivé à Paris depuis la Suède le 11 décembre 2018 pour éviter d'être déporter en Afghanistan où il encourt la peine de mort. Crédit : Louise Nordstrom/ InfoMigrants

En 2015, Mohamed* a été arrêté après avoir été accusé de vendre des ouvrages chrétiens – un crime passible de la peine de mort dans son pays natal, l’Afghanistan. Un jour, alors qu’il se faisait escorter au tribunal, des Taliban ont attaqué le convoi policier où il se trouvait. Mohamed a profité de cette occasion pour s’enfuir. Après un passage en Suède, Mohamed vit aujourd'hui à Paris. Étant dubliné, il vit dans la crainte d'être renvoyé en Suède. Les autorités du pays scandinave pourraient l'expulser vers l'Afghanistan.

En Afghanistan, je vivais dans la province de Parwan** [au nord de Kaboul, ndlr] et je tenais un magasin. J’y vendais un petit peu de tout, des vêtements, des livres, des ustensiles de cuisine. J’avais plusieurs employés. Un jour, à la fin de l’été 2015, une personne est entrée dans ma boutique et m’a demandé pourquoi il y avait un livre chrétien sur l’une des étagères.

C’est à ce moment-là que les problèmes ont commencé. Après le départ de ce client, un groupe est venu et m’a frappé. La police est ensuite venue m’arrêter. Ils me disaient que je faisais de la propagande chrétienne et que je méritais d’être pendu. J’ai de nouveau été battu lorsque j’étais en garde à vue.

Je suis resté caché dans une cave pendant une semaine

Le jour suivant, les policiers sont venus me chercher pour me conduire au tribunal de Charikar, la capitale de la province, à environ cinq heures de voiture. Après deux heures de route, notre véhicule a été attaqué par des Taliban. Ils tiraient dans tous les sens. Mais j’ai réussi à m’extraire de la voiture et j’ai couru aussi vite que j’ai pu.

Les policiers me poursuivaient en tirant des coups de feu. J’ai couru dans les montagnes plusieurs heures pour leur échapper. J’ai finalement atteint un village et pris un taxi pour Kaboul. J’ai été hébergé chez mon oncle. Je suis resté caché dans sa cave pendant une semaine. Mon oncle a fini par avoir peur que la police vienne et me découvre. Il m’a donc dit qu’il allait parler à des connaissances pour que je puisse quitter l’Afghanistan.

Un jour, en pleine nuit, j’ai pris le bus pour Kandahar. Je suis ensuite allé à Maidan Wardak, puis Nimruz et, de là, j’ai gagné le Pakistan, l’Iran, la Turquie et enfin, la Suède. Ce trajet m’a pris un mois et 20 jours et il m’a coûté 9 000 dollars (environ 7 900 euros) parce que je n’avais ni passeport, ni aucun autre document d’identité. Je devais payer plus parce que je n’avais rien du tout.

Demande d’asile rejetée en Suède

J’ai décidé d’aller en Suède parce que dans tous les pays où je suis passé, tout le monde disait que la Suède était un bon pays, un pays qui aidait les gens.

Je suis arrivé là-bas en octobre 2015 et j’ai déposé une demande d’asile. Je n’avais pas le droit de travailler, du coup j’ai appris le suédois et j’ai même décroché un stage dans une ferme où je pouvais aussi dormir. Je me suis fait beaucoup d’amis en Suède.

J’ai attendu huit mois avant de savoir que ma demande d’asile avait été rejetée. J’ai fait appel de cette décision deux fois mais tous mes recours ont été rejetés. L’agence de l’immigration a estimé que Parwan, la province d’où je viens, n’était pas une zone de conflit. Ils m’ont donné quatre jours pour quitter la Suède sans quoi je serais expulsé de force.

Après avoir épuisé tous mes recours, j’ai eu vraiment peur. Je ne peux pas retourner en Afghanistan, je me ferai tuer là-bas.

Mi-décembre, j’ai pris un bus pour Hambourg, puis un train pour Cologne et enfin un taxi pour entrer en France. Pendant le trajet, j’avais tout le temps peur que la police m’arrête.

Depuis son arrivée en France, Mohamed a vécu dans une tenter, dans le nord de Paris. Crédit : MohamedUn avenir inconnu

Depuis que je suis arrivé à Paris, il y a six semaines, je dors la plupart du temps dans une tente porte de Clignancourt, dans le nord de la capitale. Il fait très froid la nuit. Le matin, l’eau formée dans la tente par notre respiration nous tombe dessus.

Ce matin [le 22 janvier], la police est venue et nous a dit que nous ne pouvions plus rester dans ce campement parce qu’il allait neiger et faire trop froid. Ce soir, je vais dormir dans un gymnase. C’est un endroit chauffé avec des lits alignés tous les 50 centimètres. C’est la première fois que j’ai une place dans un endroit comme celui-ci. Depuis que je suis arrivé, j’ai demandé chaque jour à être hébergé.

Pour la première fois depuis son arrivée en France, Mohamed a pu dormir au chaud le 22 janvier 2019. Crédit : Mohamed.J’ai donné mes empreintes à la police française mais je n’ai aucune idée de ce qu’il va se passer maintenant [Mohamed est un dubliné, c’est-à-dire que sa demande d’asile dépend d’un autre pays européen, en l’occurrence, la Suède, ndlr].

On m’a dit que je devais trouver un avocat avant le 11 février parce que c’est à cette date que la France va décider si je dois être renvoyé en Suède ou pas. Si je suis renvoyé, je suis sûr qu’ils vont m’expulser vers l’Afghanistan.

Des projets pour l’avenir ? Avant, j’avais de grands projets. Je voulais agrandir ma boutique, me marier et avoir des enfants. Aujourd’hui, je vis au jour le jour. Je ne comprends pas pourquoi les choses se passent comme cela. Moi aussi je suis un être humain et je veux juste vivre."

*Le prénom a été modifié

** Le nom de la ville a sciemment été omis pour protéger Mohamed

Ce témoignage a été recueilli à Paris par InfoMigrants le 22 janvier 2019. Il a été adapté de l’anglais.