Hussein, réfugié syrien, sur le port de Lesbos, le jour de son 18e anniversaire. Crédit : Claire Paccalin, janvier 2019
Hussein, réfugié syrien, sur le port de Lesbos, le jour de son 18e anniversaire. Crédit : Claire Paccalin, janvier 2019

InfoMigrants a rencontré Hussein le jour de ses 18 ans. Arrivé mineur en Grèce, le jeune réfugié syrien a évité les hotspots grecs et a pu bénéficier d'une prise en charge - obligatoire pour les enfants. Aujourd'hui, plein de projets et d’enthousiasme, le jeune homme confie ses rêves pour l'avenir.

Au milieu des visages des migrants désespérés, le sourire de Hussein attire le regard. Ce soir de janvier 2019, il souffle sa 18e bougie. Sa vie va prendre un nouveau tournant et le jeune homme en a bien conscience : il ne sera plus le mineur non-accompagné qui a pu bénéficier d’une protection du gouvernement grec. Armé de son statut de réfugié, il devra affronter sa nouvelle vie, de manière autonome. 

Avant Lesbos, Hussein a connu la guerre en Syrie. Et bien avant cela, la vie n'a pas été facile : après le difficile divorce de ses parents, lui et sa petite sœur ont été confiés à leur grand-mère. Il garde un souvenir heureux de cette période où ses "oncles ont pris soin de lui tant qu’ils ont pu, tant que la guerre le permettait".

En 2013, le décès de sa grand-mère et le conflit en Syrie le poussent à prendre le chemin de la Turquie car "là-bas, on accueille les Syriens et on donne du travail aux réfugiés".

Il enchaîne les petits boulots pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa petite sœur âgée de 10 ans, à l'époque. Au bout de quatre ans, il parvient à mettre de côté les 500 euros nécessaires pour payer la dangereuse traversée de la mer Égée.

À leur arrivée à Lesbos, les deux mineurs sont pris en charge par l’ONG Iliaktida. Ils échappent au camp de Moria où "les gens deviennent fous à cause des conditions de vies horribles". Lui est logé dans un foyer avec d’autres mineurs non-accompagnés. Sa sœur est hébergée dans une autre structure réservée aux femmes. 

>> À relire : À Lesbos, les mineurs, femmes enceintes et victimes de torture sont abandonnés, selon un rapport d’Oxfam

Chaque soir, Hussein longe le port de Lesbos pour rejoindre sa sœur et s’assurer qu’elle ne manque de rien. En Grèce, seulement 6% des mineurs non-accompagnés sont des filles.

Scolarisé, Hussein apprend rapidement le grec, première étape vers une intégration que les migrants enfermés dans les camps n’ont pas la chance de connaître. Les mois passent et le jeune homme prend plaisir à converser avec les locaux, à travailler bénévolement pour Iliaktida.

Dans le hall de la structure qui l’accueille, Hussein prend le temps de saluer et remercier en grec chacun des bénévoles, sous le regard bienveillant de la directrice. L’ONG a été créée en 1997 pour venir en aide aux habitants sans emploi. Depuis 2015 et l’arrivée massive de migrants sur l’île, son champ d'action et ses activités se sont élargis. Le nombre d'employés et de bénévoles est passé de 20 à 300. L'ONG assure la protection, l'hébergement et l'éducation aux mineurs non-accompagnés afin de leur donner les meilleures chances de se reconstruire une vie sans leurs parents.

 Hussein, réfugié syrien, sur le port de Lesbos, le jour de son 18e anniversaire.  Photo: Claire Paccalin, janvier 2019Souvent, Hussein se demande "pourquoi la vie est plus difficile pour certaines personnes" et il imagine quel homme il serait, "si la guerre n’avait pas dévasté son pays".

Aujourd'hui étudiant, Hussein ne fait plus partie des 3 700 mineurs non-accompagnés du pays. Sans l'aide de l'État, il ne devra compter que sur lui-même pour trouver un logement et se nourrir. Il espère obtenir prochainement un logement à Mytilène, et n’est pas inquiet : il est persuadé que le pire est déjà derrière lui. Dans quelques années, il rêve d'aller en Norvège où "la vie est, paraît-il, plus douce". Puis, pourquoi pas, revenir à Lesbos pour "remercier ceux qui lui ont donné".

Hussein nous l’assure : l’avenir sera forcément beau. "Je vais étudier, apprendre un métier. J’espère être un jour à la tête d’une grande entreprise. J’ai conscience que tout ce que nous avons traversé n’est pas commun. Si j’ai survécu, c’est que je suis chanceux."

La résilience et l’ambition de ce jeune homme ont fait de lui un modèle pour l’ONG Iliaktida. Encadrer chaque mineur non-accompagné, leur assurer un enseignement et leur proposer des activités sont la clef d’un retour à une vie stable pour cette l’ONG.

Lorsque nous demandons à Hussein ce que nous pouvons lui souhaiter pour l’avenir, il nous répond simplement : "Trouver le moyen de réunir ma famille, le reste, je sais que je me débrouillerai".