Après un long périple commencé il y a 5 ans au Cameroun, Maxime vit désormais à Algésiras, à deux pas du rocher de Gibraltar. ©D.Gormezano
Après un long périple commencé il y a 5 ans au Cameroun, Maxime vit désormais à Algésiras, à deux pas du rocher de Gibraltar. ©D.Gormezano

Deux après avoir traversé le détroit de Gibraltar sur un minuscule zodiac, Maxime, Camerounais âgé de 28 ans, s’est installé à Algésiras. Il travaille au noir dans le domaine du bâtiment et attend impatiemment un permis de résidence et des opportunités pour concrétiser ses projets.

Selon l’association de défense des droits de l’Homme andalouse APDHA, 64 120 migrants sont entrés en Espagne en 2018, un chiffre record, et la très grande majorité de ces nouveaux arrivants ont poursuivi leur chemin vers la France.

Cependant, "les jeunes francophones ne veulent plus aller en France à tout prix car ils ont le sentiment que la France maltraite l’Afrique et les Africains", estime Albert Bitoden Yaka de la CEPAIM, une association d’aide à l’intégration des étrangers en Espagne. "Beaucoup de jeunes venus des pays subsahariens assument désormais de rester ici, dans le sud de l’Espagne", affirme-t-il.

C’est le cas de Maxime, pris en charge par la CEPAIM à son arrivée et devenu aujourd’hui volontaire de l’association.

Quelle est votre situation actuellement ?

Je vis dans un studio à Algésiras pour un loyer de 300€ et je travaille dans le bâtiment, plus précisément dans la rénovation d’appartements et de maisons. Je gagne 40 à 50€ par jour et je ne suis pas déclaré. Je pourrais trouver des contrats de travail officiels mais je risque d’avoir des problèmes avec les autorités.

Pourquoi ?

En Espagne, un étranger ne peut pas travailler tant qu'il n'a pas obtenu un permis de résidence, après trois années de présence sur le territoire. C’est dommage, parce que j’ai des clients qui veulent m’embaucher. Cela me déchire le cœur car si on ne travaille pas, on est accusé de profiter du système, et si on travaille, obtenir la résidence devient une loterie. Je préfère être exploité pour un an encore, en travaillant au noir, et mettre toutes les chances de mon côté pour être régularisé.

Quel était votre projet quand vous avez quitté le Cameroun ?

J’ai un BTS en électricité mais je souhaite monter une entreprise. Mon rêve est de pouvoir faire du commerce entre l’Europe et l’Afrique, dans le secteur de l’élevage de volaille ou de bovins, ou bien dans la fripe. Après m’être bien renseigné, je me suis dit que l’Espagne pouvait être l’endroit où réaliser ce projet : la loi sur les étrangers y est plus favorable qu’ailleurs et la situation géographique du pays en fait une porte d’entrée vers l’Afrique. De plus, la situation économique en France actuellement ne me semble pas favorable à mon projet.

Votre projet n’était pas de rejoindre la France ?

Non. Ça ne sert à rien d’aller à Paris si c’est pour dormir dans la rue ou pour vivre à dix dans un appartement. J’ai suffisamment souffert pour atteindre l’Europe.

Quels conseils donnez-vous aux nouveaux arrivants que vous rencontrez à la CEPAIM ?

Je leur dis que lorsque l’on est en Europe, il ne faut pas perdre de temps. Il faut toujours faire des choses, rechercher des opportunités, tenter des formations, apprendre. C’est pour cela que les associations sont importantes. Elles permettent de faire des rencontres et, éventuellement, de construire des relations qui pourront vous aider.

Parmi les immigrants, il y a des gens qui pensent qu’en Europe, il suffit de secouer un arbre pour que de l’argent tombe. Eux, je ne peux pas les aider. Il y a aussi des gens qualifiés mais parfois ils ne comprennent pas quel est le chemin à suivre.

Pensez-vous que l’Espagne est prête à accepter les immigrants africains ?

Non, je ne pense pas. La crise économique de 2008 a fait de gros dégâts, les gens ont peur que nous leur piquions leur travail. Pourtant, ici, j’ai rencontré des gens qui m’ont aidé. Je me suis fait des relations, j’ai des amis, et mes patrons m’apprécient. Je vais poursuivre mon projet pour obtenir la résidence et ensuite pouvoir être autonome.