Marouane, un migrant marocain à Sarajevo, qui a tenté plusieurs fois de traverser la frontière vers la Croatie, s'est fait frapper et dépouiller par la police croate. Photo : DR
Marouane, un migrant marocain à Sarajevo, qui a tenté plusieurs fois de traverser la frontière vers la Croatie, s'est fait frapper et dépouiller par la police croate. Photo : DR

Marouane, migrant marocain, raconte ses tentatives vaines pour passer en Croatie depuis la Bosnie dans l'espoir de rejoindre la France. Côté croate, la police frappe et dépouille systématiquement ceux qui essaient de pénétrer sur le territoire, dit-il à InfoMigrants. Témoignage.

"Je m’appelle Marouane, j’ai 33 ans, je suis Marocain. Je suis à Sarajevo, en Bosnie, depuis quatre mois. J’essaie d’aller en France. C’est à Paris que je veux vivre. Mais je n’arrive pas à aller en Croatie, pays que je dois traverser pour rejoindre l’ouest de l’Europe. J’ai essayé huit ou neuf fois dans les environs de Bihac et de Velika Kladuša. Je tente de passer la frontière à pied, il faut parfois entrer dans des rivières profondes de près d’un mètre.

Les forces de l’ordre bosniennes nous laissent passer. Mais, une fois côté croate, les policiers sont très violents envers nous. Ils nous frappent, nous prennent notre argent, nous confisquent nos batteries de portables. Ils cassent également nos téléphones. En deux mois, j’ai dû en changer quatre fois. Ils brûlent nos affaires sous nos yeux aussi : ils jettent au feu nos sacs à dos et nos vestes après nous avoir obligés à les enlever. Je connais des immigrés à qui ils ont brisé les pieds ou les mains. Une de mes connaissances a également eu les deux dents de devant cassées par la police croate.

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Ils nous frappent pour qu’on coure le plus vite possible et qu’on quitte la Croatie. Dans ces moments-là, il ne faut pas tomber. Si tu tombes, ils te tabassent au sol avec des bâtons de bois, leurs poings et leurs pieds. On est traités comme des animaux.

"Je passe mes journées à ne rien faire"

Après chaque tentative ratée, je rentre à Sarajevo, à environ cinq heures de trajet en bus ou en train de la frontière, pour me reposer. J’ai des blessures sur les jambes à cause des ronces dans les forêts que je traverse à pied. Ces blessures se sont infectées et elles sont maintenant de la taille d’une pièce d’1 euro.

A Sarajevo, je suis logé chez une vieille dame qui laisse les migrants dormir au première étage de sa maison. On est trente ou quarante personnes à être hébergées là. Entre nous, on appelle cet endroit ‘l’hôtel des migrants’ même si ce n'est pas un hôtel. Ici c'est mieux que dans les camps de migrants. Les Bosniens sont très généreux, ils nous donnent à manger, et parfois des chaussures ou des sacs de couchage.

Je passe mes journées à ne rien faire. J’aimerais travailler mais, pour un migrant, c’est impossible ici. Même les immigrés avec des papiers que j’ai rencontrés, ils ne travaillent pas en Bosnie. En France, je pense que ça serait différent, il y a beaucoup de gens qui travaillent alors qu’ils sont sans papiers.

Je suis parti en mars dernier du Maroc. Dans l’avion qui m’a amené en Turquie, il y avait plein de Marocains qui étaient quasiment tous dans le même cas que moi. Je viens d’une famille pauvre d'Agadir. Avant, je travaillais sur les plages marocaines de manière illégale, faute d’autres opportunités. Mon père est décédé et je n’ai pas de frère donc je suis le seul homme du foyer et je dois prendre en charge ma mère et ma sœur. Je veux trouver un travail en France pour pouvoir leur envoyer de l’argent."

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Des accusations de violences de la part des forces de l'ordre croates envers les migrants venant de Bosnie sont régulièrement formulées par des associations et ONG. En août, 18 personnes migrantes présentant des blessures, dont des fractures osseuses, avaient été interceptées à la frontière entre la Croatie et la Bosnie.

Dans le canton de Bihac, près de la frontière croate, la police bosnienne dénombre près de 5 000 migrants. Parmi eux, environ 3 500 sont hébergés dans des centres d'accueil. Le reste de ces migrants résident dans des logements privés.