Hassan a été hébergé plusieurs jours dans la structure ouverte pour un mois par les Midis du Mie. Crédit : Midis du Mie
Hassan a été hébergé plusieurs jours dans la structure ouverte pour un mois par les Midis du Mie. Crédit : Midis du Mie

Hassan est arrivé en France en début d’année. Âgé de 16 ans, le jeune Guinéen a passé sa première nuit à Paris dans la rue, sous un abribus. Débouté de sa minorité, il a finalement été pris en charge par le département de Seine-Saint-Denis après plusieurs semaines de galère. Témoignage.

"Je m’appelle Hassan, j’ai 16 ans et je suis Guinéen.

Après être passé par le Maroc et l’Espagne, j’ai débarqué en France le 10 janvier 2020. La première fois que j’ai tenté de traverser la frontière entre l’Espagne et la France, j’ai été refoulé par les policiers français. Je leur avais pourtant dit que j’étais mineur mais ils n’ont rien voulu entendre.

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J’ai réessayé de passer en France en début de soirée, vers 19h. Les deux personnes avec qui j’étais – un Sénégalais et un Gambien – ont été refoulées. J'ai couru pendant qu’ils se faisaient arrêter donc j’ai réussi à m’échapper et je suis finalement arrivé au centre de la Croix-Rouge à Bayonne [ville du sud-ouest de la France, NDLR].

Les humanitaires m’ont tout de suite pris en charge et m’ont dit qu’une dame allait venir me chercher car j’étais mineur. Mais après trois jours d’attente, ne voyant pas cette femme arriver, j’ai décidé de me débrouiller tout seul et de tenter ma chance à Paris.

Un matin, j’ai pris un train en direction de la capitale mais à Bordeaux les contrôleurs m’ont fait sortir car je n’avais pas de billet. Je suis resté de 18h à 23h dans la gare.

"J’avais très froid, à tel point que j’avais des crampes au niveau des articulations"

J’ai réussi à monter dans le dernier train de la journée, vers 23h, et je suis arrivé à Paris dans la nuit. 

Je ne connaissais personne alors je suis resté dans la gare. Je ne savais pas quoi faire, ni où aller. Des agents m’ont demandé de sortir car la gare fermait pour la nuit.

J’ai passé la nuit sous un abribus. J’avais très froid, à tel point que j’avais des crampes au niveau des articulations. J’avais faim, je n’avais rien mangé depuis que j’avais quitté Bayonne le matin.

Je ne pensais pas vivre ce genre de choses en France. Je m’attendais à être pris en charge comme ce fut le cas en Espagne.

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Au petit matin, j’ai demandé à des personnes dans la rue des conseils sur les lieux où je pouvais me présenter. Un homme m’a conseillé d’aller dans le quartier de Couronnes, dans le nord-est de Paris, où se trouvait un local de la Croix-Rouge.

Je n’avais jamais pris le métro de ma vie, heureusement le monsieur m’a bien indiqué le chemin et les lignes à prendre. Il a aussi noté les informations sur un bout de papier.

Arrivé à Couronnes, je n’ai pas trouvé la Croix-Rouge. Des passants m’ont emmené vers le parc de Pali-Kao où l’association les Midis du Mie organise des distributions de repas pour les mineurs.

Il y avait plein de jeunes comme moi. J’étais content et rassuré mais après avoir fini de manger, chacun est parti dans un sens : certains sont allés à leur rendez-vous administratif, d’autres à leur cours de français et d’autres encore ont rejoint leur tente installée dans le camp de la porte d’Aubervilliers. Moi, je suis resté là, je ne savais pas où aller.

J’ai discuté avec la fondatrice de l’association, Agathe Nadimi. Elle m’a dit qu’elle n’avait aucune solution pour moi avant au moins trois jours et qu’en attendant je n’avais d’autres choix que de rester à la rue.

Débouté de sa minorité

Je suis allé dans la gare du Nord car je savais qu’il y avait des prises électriques et que je pouvais recharger mon téléphone. En fin d’après-midi, Agathe m’a appelé en me disant qu’elle avait trouvé une solution : un de ses contacts avait de la place chez elle pour m’accueillir trois jours.

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Je suis resté trois jours chez cette dame. Elle m’a accueilli comme si j’étais chez moi. Je faisais du dessin, elle m’apprenait l’orthographe, me donnait des informations juridiques, etc.

Ensuite, Agathe m’a pris en charge dans sa nouvelle structure à Saint-Denis. Nous sommes 12 jeunes à dormir dans ce lieu. Tout se passe très bien : on fait des ateliers le soir, on mange et on dort bien. On est entre jeunes : on met la pagaille, on joue, on crie. C’est un peu comme une colonie. Cela fait du bien de se retrouver avec des gens de son âge qui vivent la même chose.

Depuis mon arrivée chez Agathe, j’ai été débouté de ma minorité par la Pemie 93 (Pôle d’évaluation pour mineurs isolés étrangers). Je suis allé au tribunal de Bobigny cette semaine pour un rendez-vous pour mon recours. J’ai croisé une juge dans les couloirs qui m’a dit de revenir le lendemain à 15h.

Quand j’y suis retourné, elle m’a demandé mes papiers d’identité. Elle m’a tout de suite dit : ‘Ce n’est pas la peine de prendre rendez-vous, ça se voit tout de suite que vous êtes mineur et vos documents d’identité le prouvent’. Elle m’a donné un document qui attestait de ma minorité et a demandé un placement pour un an.

Je suis donc depuis hébergé dans un hôtel. C’est un peu dur car je suis livré à moi-même. On m’a dit qu’un éducateur devait prendre contact avec moi. Pour l’instant, j’attends encore son appel.

Je préférerais être dans la maison avec Agathe et les autres jeunes. Là-bas au moins je ne me sentais pas seul."