Paul dort avec ses filles de quatre ans et sa femme dans le bus Noctilien, faute d'hébergement. Crédit : Wikimedia Commons
Paul dort avec ses filles de quatre ans et sa femme dans le bus Noctilien, faute d'hébergement. Crédit : Wikimedia Commons

InfoMigrants a reçu le témoignage de Paul, un migrant ivoirien qui (sur)vit à Paris avec sa compagne et leurs jumelles de quatre ans. Sans logement, dans l’attente d’une réponse de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), la famille se débrouille au jour le jour pour dormir au chaud et garder sa dignité. Témoignage.

"Nous sommes à Paris depuis le mois de septembre 2019. Moi, j’ai été débouté de ma demande d’asile. Ma femme et mes jumelles de quatre ans ont déposé un dossier de leur côté à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Elles attendent toujours la réponse.

Quand nous sommes arrivés, nous sommes allés en banlieue parisienne, vers Chelles, pour un logement. Un marchand de sommeil voulait nous louer une pièce de 7 m² pour 500 euros. Mais ce n’était pas possible, je n'avais pas assez d'argent.

Et de toute façon, tout a changé avec la carte ADA qui est devenue exclusivement une carte de paiement. On ne pouvait plus payer le propriétaire en liquide. Il nous a demandé de partir début décembre. Il n’était pas préoccupé par le sort de mes filles.

"Il n’y a jamais de places d’hébergement"

C’est assez dur pour elles. Elles ne comprennent pas ce qu’il se passe. L’essentiel pour moi, c’est qu’on passe l’hiver au chaud. Peu importe que la pièce soit petite.

Après avoir été expulsés, on est venus à Paris. La Cafda qui s’occupe de nous trouver un hébergement nous répétait inlassablement qu’elle n’avait rien pour nous. Il n’y a jamais de places d’hébergement. On a pu aller à l’hôpital Lariboisière. Là-bas, dans une grande pièce, les gens nous laissent dormir. Il y a beaucoup de familles. Les filles sont au chaud. Avec les températures qui baissent, de plus en plus de personnes viennent ici. Il faut partir tôt, en plus, vers 6h30 du matin.

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Une association nous aide. Parfois, elle nous trouve une chambre d’hôtel. Quand c’est le cas, c’est bien. On peut tous se doucher au chaud et dormir sans personne autour de nous.

Jusqu’à présent, on a eu de la chance, on n’a pas dormi dehors.

Quand il n’y a aucune solution, qu’on ne peut pas aller à l’hôpital, qu’on n’a pas de chambre d’hôtel, on dort dans le bus Noctilien, vers Gare du Nord ou Châtelet. Ma femme est à côté de moi et on installe nos filles à nos pieds. Au moins, il fait chaud dans le bus.

"Les filles aimeraient bien aller à l'école"

Je ne dors jamais dans le Noctilien, je reste toujours éveillé. Je surveille ma famille. Il y a beaucoup de SDF, de clochards à côté de nous. Les chauffeurs ne disent rien. Ils nous laissent dormir. Au petit matin, on descend.

Pour l’instant, nous n’avons jamais été agressés.

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Les filles demandent souvent qu’on rentre à la maison. La 'maison' pour elles, c’est la chambre d’hôtel. Elles n’aiment pas trop le bus de nuit.

Pour manger, on se débrouille, le 115 nous a donné des adresses d’associations, vers Bastille notamment. Nous avons aussi reçu des vêtements chauds.

On ne peut pas se doucher chaque jour, mais quand on peut, on va aux Bains-douches d’Oberkampf. C’est assez propre, alors ça va.

Les filles ne sont pas scolarisées parce qu’on n’a pas de place fixe. Je crois qu’elles aimeraient bien aller à l’école, mais c’est compliqué. Tant qu’on n’aura ni logement, ni réponse de l’Ofpra, on ne pourra pas avancer."