Image d'archives de migrants secourus après le naufrage de leur embarcation. Crédit : Reuters
Image d'archives de migrants secourus après le naufrage de leur embarcation. Crédit : Reuters

InfoMigrants a reçu le témoignage de Yared*, un migrant éthiopien bloqué en Libye depuis trois ans. Installé dans le centre du Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR), il dit avoir été forcé de quitter les lieux après le retrait de l’agence onusienne, avec sa femme, son bébé de huit mois, et un ami également somalien. Le soir-même de leur renvoi, son ami, père de deux enfants, a été attaqué par des hommes en armes dans l'appartement qu'ils partageaient. Témoignage.

"Je m’appelle Yared, je suis Éthiopien et je vis en Libye avec ma femme depuis trois ans. J’ai passé toutes ces années en prison : d’abord dans celle de Tarek al-Sikka après avoir été capturé dans le désert par des Libyens, puis j’ai été transféré dans celle d’Ain Zara et enfin dans la prison d’Abu Salim.

En avril 2019, ma femme et moi avons été pris en charge par le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) depuis la prison d’Abu Salim. Ils nous ont enregistrés et nous ont déplacés dans le GDF, le centre de réinstallation du HCR à Tripoli.

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Mais avec l’annonce du retrait du HCR de ce centre, nous avons dû quitter les lieux mercredi, sans avoir pu profiter d’une réinstallation dans un pays sûr.

Après nous avoir donné de l’argent – environ 600 dinars libyens [près de 400 euros, NDLR] - et des vêtements, le personnel du HCR nous a fait monter dans un bus et nous a déposés dans un quartier de Tripoli, épargné par la guerre civile. Là, nous avons dû nous débrouiller tout seul avec ma femme, notre bébé de huit mois et un ami également éthiopien, qui était accompagné de sa femme et de ses deux enfants en bas-âge.

"Un Libyen a tenté de nous poignarder"

Nous avons réussi à louer un appartement tous ensemble. Dans la nuit, vers 1h30 du matin, trois Libyens sont entrés dans l’appartement. Ils portaient des masques et avaient des armes et un couteau. Ils nous ont menacés avec leurs armes et nous ont obligés à donner le peu de biens que nous avions.

Mon ami a refusé et un des Libyens a tenté de le poignarder. Heureusement, il a eu le réflexe de mettre sa main devant son ventre. Seule sa main a été touchée.

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Les Libyens ont ensuite pris l’argent que le HCR nous avait donné et nos téléphones. Moi j’ai réussi à cacher le mien.

À la première heure le lendemain matin, nous avons quitté cet appartement. Le HCR nous dit de nous installer en ville mais c’est trop dangereux.

On a trop peur, on n’est pas en sécurité et les enfants sont angoissés. On doit en priorité sauver notre vie mais nous n’avons nulle part où aller. On a besoin d’aide. Qu’est-ce qu’on peut faire ici en Libye avec nos enfants ? Qu’est-ce qu’on va devenir ?"

*Le prénom a été modifié.