Diom livre tous les jours les hôpitaux sans protection. Crédit : DR
Diom livre tous les jours les hôpitaux sans protection. Crédit : DR

Diom, demandeur d'asile ivoirien, travaille comme chauffeur-livreur pour une entreprise qui fournit des produits médicaux aux hôpitaux. Malgré les risques encourus en pleine épidémie de coronavirus, le jeune homme de 36 ans continue de travailler pour "le personnel soignant et les malades". Témoignage.

"Je m'appelle Diom*, j'ai 36 ans et je suis originaire de Côte d'Ivoire. Je suis arrivé en France en 2018. Après avoir passé plusieurs mois sous la menace d'un renvoi Dublin, j'ai finalement pu déposer ma demande d'asile en février 2019.

Depuis ce jour, j'attends le traitement de mon dossier.

L'année dernière, j'ai commencé à travailler comme chauffeur-livreur pour une entreprise qui livre de produits médicaux comme des masques, du gel hydroalcoolique, des médicaments...etc.

>> À (re)lire sur InfoMigrants : Coronavirus : "Vu notre situation, on doit prendre le risque", des migrants racontent leur maintien au travail

Je sais que les demandeurs d'asile ont beaucoup de difficultés à trouver du travail mais j'ai eu de la chance. J'ai rencontré quelqu'un qui m'a mis en contact avec une société qui était en manque de personnel. La préfecture a validé mon contrat et j'ai débuté ce travail en août 2019.

"J'ai peur de tomber malade"

En temps normal, on livre aux hôpitaux, aux Ehpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées et dépendantes, NDLR) et aux centres commerciaux. Mais depuis le début de la crise sanitaire, nous livrons principalement les hôpitaux et les Ehpad.

Je travaille tous les jours mais on ne m'a fourni aucune protection. Mon employeur m'a seulement donné deux masques - que j'ai déjà utilisés - et je me suis acheté des gants à la pharmacie. Je travaille donc sans masque et cela m'inquiète.

J'ai peur de tomber malade du coronavirus mais je n'ai pas le choix. Mon employeur ne me force pas à continuer de travailler mais si j'arrête je perdrai mon emploi et c'est impossible. J'ai une famille à nourrir.

"Je rends service à la nation"

De plus, je ne bénéficie d'aucun avantage. Je n'aurai pas le droit à la prime versée aux personnes qui continuent de travailler malgré la crise sanitaire. Mon patron me dit qu'il n'est pas au courant de cette prime.

>> À (re)lire sur InfoMigrants : Boubacar, mineur malien apprenti sur un chantier parisien : "On pense plus à notre survie qu’à la maladie"

Parfois je réfléchis à arrêter de travailler mais si je le fais, en plus de perdre mon emploi, il y aura des manques dans les hôpitaux. Je pense au personnel médical et aux personnes souffrantes, et je me dis que je ne peux pas faire ça. On travaille avec la peur au ventre pour rendre service à la nation.

Il faut que l'État français pense à nous, les travailleurs de l'ombre, et qu'il nous régularise."

*Le prénom a été modifié