Le camp de Samos, en Grèce. Crédit : Reuters
Le camp de Samos, en Grèce. Crédit : Reuters

Franck et sa femme, originaires de RDC, ont obtenu le 1er mars le statut de réfugié. Pourtant, faute de travail et d'intégration, la famille est toujours bloquée dans le camp de Samos, en Grèce, sans perspective d'avenir. "On est abandonnés à notre triste sort", estime le père de famille.

Lorsque Franck* a pris contact avec la rédaction d'InfoMigrants en septembre 2020, le Congolais de 42 ans vivait avec ses deux filles et sa femme dans une tente du camp de Samos, en Grèce. Aujourd'hui toute la famille a obtenu le statut de réfugié. Mais faute de travail, ne parlant pas le grec, et sans solution d'hébergement, leur vie reste en suspens, coincée sous une tente. Témoignage.

"L'entretien pour la demande d'asile s'est déroulé le 28 décembre, plus d'un an après notre arrivée dans le camp de Samos. Le 1er mars, nous avons reçu une réponse positive à notre demande. Nous avons un dernier rendez-vous dans trois mois, en juillet, afin de faire les dernières démarches pour qu'on nous délivre notre carte de réfugié.

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Mais l'enfer commence lorsqu'on obtient le statut de réfugié. Le camp ne veut plus s'occuper de nous : on nous a fait savoir que ma femme, qui a accouché d'un petit garçon le 12 février, allait devoir quitter le conteneur dans lequel elle est logée. Elle va revenir vivre avec le bébé dans la tente que nous occupons depuis notre arrivée en novembre 2019 avec nos deux filles.

"On ne sait pas comment on va sortir de là"

Bientôt, d'ici quelques semaines, nous ne toucherons plus la somme allouée aux demandeurs d'asile, soit 210 euros par mois [pour une famille, ndlr]. Nous n'aurons donc plus aucune aide financière. Heureusement, j'ai trouvé une ONG qui nous fournit des couches et du lait pour le bébé.

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On ne sait pas comment on va sortir de là. Certains ont obtenu leur statut de réfugié il y a un an et demi mais ils vivent toujours dans le camp de Samos.


Franck vit dans une tente avec sa femme et ses trois enfants. Crédit : DR
Franck vit dans une tente avec sa femme et ses trois enfants. Crédit : DR


Pour pouvoir quitter le camp, tout est compliqué. L'organisme chargé de nous accompagner, Helios (aide à l'intégration hellénique pour les bénéficiaires de la protection internationale), nous explique qu'on doit trouver un logement par nos propres moyens, et qu'ils nous aideront à payer le loyer.

Mais comment trouver une maison quand on n'a pas de travail, quand on vit dans la forêt et qu'on ne connait personne à Samos ? De plus, je ne pense pas que les Grecs accepteraient de me louer leur bien, sans aucune garantie.

"On est abandonnés à notre triste sort"

Helios nous a également affirmé qu'ils pourraient nous aider financièrement et nous permettre de suivre des formations professionnelles. Là encore, ce n'est pas si simple. Pour recevoir de l'argent, nous devons avoir un compte en banque. Mais lors de l'ouverture du compte nous devons verser la somme de 300 euros. Je n'ai pas cet argent donc je ne peux pas ouvrir de compte bancaire.

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Le problème, c'est que rien n'est prévu pour l'intégration des réfugiés. Et puis, il n'y a pas de travail à Samos de toute façon. Tout se passe sur le continent mais pour l'instant nous n'avons aucun moyen d'y aller.

On a obtenu la protection mais on est toujours bloqués dans ce camp. On est abandonnés à notre triste sort. On est dans une impasse. Je n'ai pas les mots, tout cela me dépasse. On n'a pas d'autres choix que d'attendre, encore."

*Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressé.