Le centre d'hébergement de l'association JRS Roumanie, à Bucarest, photographié en juillet 2021. Crédit : InfoMigrants
Le centre d'hébergement de l'association JRS Roumanie, à Bucarest, photographié en juillet 2021. Crédit : InfoMigrants

Josiane* a quitté le Cameroun où elle était menacée en raison de son engagement politique au sein d’un parti d’opposition. Elle a demandé l’asile en Roumanie mais une erreur dans l’orthographe de son prénom a compliqué ses démarches : les autorités roumaines l'accuse de ne pas être la personne qu’elle prétend.

Josiane, membre d’un parti d’opposition au pouvoir du président Paul Biya, a fui le Cameroun où elle était menacée en raison de son engagement politique.

Originaire d’une ville de la région à majorité anglophone du sud-ouest du Cameroun, Josiane – qui, elle, est francophone – est aujourd’hui hébergée dans le centre d’accueil de l’association JRS Roumanie. Elle affirme que "personne au Cameroun ne sait où [elle est]". Sa demande d'asile a été rejetée.

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Elle a accepté de raconter à InfoMigrants son histoire pour "alerter sur la gravité de la situation politique au Cameroun" mais refuse que son identité soit révélée.

Troubles en région anglophone

En 2016, j'ai perdu ma fille d'une maladie. L'année d'après, en 2017, j’ai aussi perdu mon mari. Il a été tué par des rebelles anglophones alors qu’il était en train de travailler. À ce moment-là, la situation est devenue intenable pour moi. J’étais seule et je ne pouvais plus rester dans mon coin. Il y avait des enlèvements, les gens mourraient... En plus, je suis malade, je fais de l’hypertension artérielle.

Un an après la mort de mon mari, j’ai quitté notre ville pour Yaoundé.

Depuis 2016, il y a d’importants troubles dans les régions anglophones du Cameroun, le nord-ouest et le sud-ouest du pays, frontalières du Nigeria.


Crédit : France 24
Crédit : France 24


Là, j’ai commencé à travailler comme vendeuse de légumes au marché. J’ai aussi décidé de m’engager politiquement au sein d’un parti d’opposition au président Paul Biya parce que je me suis dit qu’il fallait que j'agisse pour changer notre pays.

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Six jours en cellules

Début 2019, j’ai été arrêtée alors que je participais à une marche, organisée par l’opposition, à Yaoundé. Sur les vingt personnes que comptait le groupe dont je faisais partie, dix ont été arrêtées.

Nous avons été enfermés pendant six jours dans les cellules d’un commissariat. Quand on voulait nous interroger, on nous descendait à la cave où des hommes cagoulés nous posaient des questions et nous menaçaient. Personnellement, j’ai été violée deux fois durant ma détention.

Au bout de six jours, nous avons été relâchés. J’ai repris ma place au marché mais je ne pouvais plus travailler. Les policiers me harcelaient sans cesse. Ils prétendaient que mon emplacement n’était pas propre, que je n’avais pas l’autorisation de vendre à cet endroit… Il y avait tout le temps quelque chose.

À ce moment-là, je vivais chez une femme qui avait accepté de m’héberger chez elle, à Yaoundé. Parfois, elle recevait de la visite et, un jour, un jeune Camerounais est venu la voir. Je lui ai demandé de m’aider à quitter le pays parce que je ne me sentais vraiment plus en sécurité. Le jeune était marié à une Roumaine alors nous avons convenu qu’il me ferait une lettre d’invitation pour le baptême de son fils en me présentant comme sa grand-mère.

Un jour, j'ai aussi volé le passeport [camerounais] dans le sac d'une femme qui venait rendre visite à la femme qui m'hébergeait. Je ne savais plus quoi faire pour partir. J'ai pensé que ça pourrait m’aider.

Quand j’ai reçu la lettre d’invitation du jeune Camerounais, j’ai pris un bus de nuit pour Douala parce qu’il y a moins de contrôle sur les routes la nuit. De Douala, j’ai pris l’avion pour Abuja, au Nigeria. Là-bas, je suis allée demander un visa à l’ambassade de Roumanie avec la lettre d’invitation. Le Nigeria est le seul pays de la région où la Roumanie a une ambassade. C’est comme ça que je suis arrivée à Bucarest en avril 2020.

Demande d'asile rejetée

Au départ, je voulais aller en France. Alors, j’ai essayé de prendre un vol pour Paris depuis Bucarest avec le passeport que j’avais volé à Yaoundé mais je me suis fait arrêter à l’aéroport. Finalement, j’ai déposé une demande d’asile en Roumanie fin avril 2020 et j’ai été envoyée dans le centre d’hébergement pour demandeurs d’asile de Bucarest. J’y suis restée environ un an.

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Ma demande d’asile et mes recours ont été rejetés. J’ai été amenée ici, au centre de JRS, il y a peu de temps. On m’a donné 15 jours pour partir donc je suis très angoissée. Les services roumains de l’asile pensent que je ne suis pas la personne que je prétends être parce que l’officier d’État civil camerounais qui a enregistré ma naissance a mal orthographié mon prénom sur mon certificat de naissance.

En revanche, sur ma carte de membre du parti politique, mon prénom est écrit correctement.

Ils pensent qu’il ne s’agit pas de la même personne et que ce n’est pas moi qui suis menacée.

Je ne peux même pas demander à mes anciens amis du parti de témoigner en ma faveur, je n’ai plus leurs numéros dans mon téléphone. Je suis complètement seule aujourd’hui. Personne ne sait où je suis. La seule chose que je peux faire, c’est demander à Dieu qu’on ne me renvoie pas dans mon pays."

*Le prénom a été changé.

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