Affoussata et ses enfants ont longtemps vécu à l'hôtel avant de pouvoir obtenir un studio.

Afoussata et ses enfants ont longtemps vécu à l'hôtel avant de pouvoir obtenir un studio.

Devenir mère en exil

"Je suis là pour 6 ou 9 mois, après je ne sais pas où ils vont m’envoyer" (3/3)

Julia Dumont
par Publié le : 18/12/2019 Dernière modification : 22/01/2020
De nombreuses jeunes femmes empruntent les routes de l’exil. Parmi elles, certaines deviennent mères durant leur trajet. Elles ont raconté à InfoMigrants leur expérience, entre tristesse de l’éloignement de leur famille et espoir d’élever leurs enfants en France. Affoussata a quitté la Côte d’Ivoire avec son fils pour fuir des violences conjugales. En France, elle est devenue mère d’une petite fille. Ballotée depuis son arrivée d’hôtel en appartement, elle chercher désespérément un peu de stabilité pour élever ses enfants.
Affoussata et ses enfants ont longtemps vécu à l'hôtel avant de pouvoir obtenir un studio.
Se sentir chez soi
Affoussata et ses enfants ont longtemps vécu à l'hôtel avant de pouvoir obtenir un studio.

C’était un studio lumineux dans une résidence étudiante de Clichy-la-Garenne, à deux pas d’un joli parc. Affoussata, 25 ans, et ses enfants, Lassiné, 6 ans, et Fanta, 9 mois s’y sentaient bien. Il y avait même un petit peu de place à côté du lit superposé pour que les enfants fassent rouler leurs petites voitures sur le lino. Lassiné se réjouissait déjà de retourner à la rentrée dans son école de Gennevilliers où il devait entrer en CE1.

Pourtant, début août la petite famille a dû quitter ce logement où elle avait emménagé à peine deux semaines plus tôt. Affoussata et ses enfants ont été relogés à Menton, dans les Alpes-Maritimes. Un énième déménagement dans la vie de cette demandeuse d’asile qui a quitté la Côte d’Ivoire en 2017 avec son petit garçon pour fuir un mari violent et un oncle maltraitant.

Arrivée enceinte en France en janvier 2018, après un an passé en Italie, Affoussata passe une semaine à la rue, près de la gare du Nord, avec son fils. Ils sont ensuite logés dans un hôtel, porte de la Chapelle, puis à Montrouge, au sud de Paris. Ils y resteront un an et huit mois.

Affoussata cherche désespérément à trouver de la stabilité pour ses enfants.
Rêve d’une vie normale
Affoussata cherche désespérément à trouver de la stabilité pour ses enfants.

Lassiné est scolarisé en CP dans une école primaire de Gennevilliers, en région parisienne. La petite Fanta naît en octobre 2018. Son père est un homme qu’Affoussata a rencontré en Italie. Il passe de temps en temps voir sa fille mais Affoussata assure seule l’éducation et les frais de la petite fille.

Entre l’hôtel de Montrouge et l’école primaire de Gennevilliers, un début de routine s’installe pour Affoussata et ses enfants. Le quotidien est rythmé par les allers-retours à l’école et les visites hebdomadaires à l’association Notre-Dame de Tanger de la sœur Marie-Jo Biloa. La jeune maman dépose une demande d’asile et se prend à rêver d’une vie normale en France.

Affoussata est pourtant en grande souffrance. À chacun de ses pas, les stigmates d’une excision endurée alors qu’elle était enfant la font encore souffrir. "Mon accouchement a été un calvaire parce que je suis excisée. Même pour uriner, ça me brûle […] Aujourd’hui, je ne me considère plus comme faisant partie des femmes", confie-t-elle.

Battue pendant des années par son mari et violée à plusieurs reprises en Italie, dans le centre d’accueil où elle et son fils ont passé un an, Affoussata a absolument besoin d’une aide psychologique. Selon elle, son agresseur – un Italien qui travaillait dans le centre – a reconnu les faits mais n’a jamais été inculpé. C’est ce qui la fait le plus souffrir.


Affoussata est encore hantée par les souvenirs des coups qu'elle a subi en Côte d'Ivoire et de son agression en Italie.
"Je ne vais pas bien à cause de tout ce que j'ai subi"
Affoussata est encore hantée par les souvenirs des coups qu'elle a subi en Côte d'Ivoire et de son agression en Italie.

Toujours solide et souriante devant ses enfants, la jeune maman s’effondre lorsqu’elle raconte en aparté cet épisode de sa vie. "Je ne vais vraiment pas bien à cause de tout ce que j’ai subi en Côte d’Ivoire et en Italie", explique-t-elle pudiquement.

Pour tenter de gérer ses démons, Affoussata débute un suivi auprès d’une psychologue bénévole de l’association Notre Dame de Tanger. Les rendez-vous hebdomadaires lui font beaucoup de bien.

Dans son studio de Clichy-la-Garenne, la jeune maman avait commencé à envisager une vie plus douce. "Mon moral va mieux depuis que j’ai ce studio", assurait Affoussata au début de l’été. "Mais je fais encore beaucoup de cauchemars. Je rêve de ce que j’ai vécu en Côte d’Ivoire et en Italie."

La jeune femme se réjouissait également d’avoir pu obtenir un rendez-vous à la Maison des femmes de Saint-Denis. Elle espérait pouvoir y débuter une procédure de reconstruction pour ne plus souffrir de son excision.


Quand elle obtiendra la réponse de sa demande d'asile, Affoussata devra sans doute déménager de nouveau avec ses enfants.
Tout recommencer
Quand elle obtiendra la réponse de sa demande d'asile, Affoussata devra sans doute déménager de nouveau avec ses enfants.

À Menton, la petite famille bénéficie d’un logement plus grand. Mais Affoussata, abattue, a l’impression de tout devoir recommencer, une nouvelle fois. Ce logement est le quatrième où elle vit depuis son arrivée en janvier 2018. Il va falloir inscrire Lassiné dans sa nouvelle école, retrouver des repères et des personnes à qui faire confiance. "Je suis triste mais j’espère que ça va aller", glisse la jeune maman.

Au fil des mois, l’école de Lassiné était devenue un repère dans la vie d’Affoussata. "J’étais régulièrement en contact avec la maîtresse de Lassiné et le directeur de l’école. Ils étaient très gentils avec moi. Je ne voulais pas le changer d’école", assure-t-elle.

Lassiné non plus ne voulait pas partir et quitter ses amis. "Il me demande tout le temps pourquoi on est partis. Je lui explique qu’on n’avait pas le choix", raconte la jeune maman.

À Menton, Affoussata essaye tant bien que mal de créer un environnement stable pour ses enfants, tout en sachant que leur séjour dans la ville n’est pas définitif. "Je suis là pour 6 ou 9 mois. Après ils vont m’envoyer je ne sais pas où", souffle la jeune maman.

Pour le moment, elle sait seulement qu’il faudra qu’elle fasse un aller-retour à Paris avec ses enfants lorsqu’elle connaîtra la date de son rendez-vous avec l’Ofpra.


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Crédits
Texte : Julia Dumont
Illustrations : Baptiste Condominas
Édition : Amara Makhoul