Dans le podcast "Voix d'exils", cinq migrants racontent leur exil. Crédit : Baptiste Condominas
Dans le podcast "Voix d'exils", cinq migrants racontent leur exil. Crédit : Baptiste Condominas

L’an dernier, InfoMigrants donnait la parole à cinq personnes dans un podcast intitulé "Voix d’exils". Éric, Amadou, Awa, Alain et Issiaga racontaient leurs parcours sur la dangereuse route de l’exil. Tous ont été confrontés à des violences sur leur chemin et à la désillusion à leur arrivée en Europe. Un an plus tard, certains ont obtenu des papiers en France et s'intègrent dans le pays, d'autres connaissent toujours des difficultés.

Éric est toujours bloqué en Tunisie

Dans le premier épisode du podcast "Voix d’exils", diffusé en novembre 2020, Éric se confiait sur son quotidien précaire en Tunisie et son rêve d’Europe. Douze mois sont passés et le jeune Ivoirien en est toujours au même stade.

Sa situation s'est même détériorée. La crise du Covid a accentué ses difficultés à trouver un emploi. La pandémie a provoqué la fuite des touristes et l’arrêt des chantiers de construction en Tunisie, des domaines dans lesquels Éric avait l’habitude de travailler de manière informelle.

L’Ivoirien a tenté plusieurs fois de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’île italienne de Lampedusa mais il a chaque fois été récupéré en mer par les garde-côtes tunisiens et renvoyé dans le pays. Éric reste cependant déterminé à rejoindre le Vieux continent. "J’irai en Europe", dit-il, sûr de lui.

Amadou a obtenu des papiers en France et a repris les études

Amadou a été un des leaders des grévistes de Chronopost d’Alfortville, en région parisienne. S’estimant exploités par la filiale de la Poste, des centaines de sans-papiers avaient monté en 2019 un piquet de grève devant le site de l’entreprise. Pendant de longs mois, ils ont maintenu le mouvement pour réclamer leur régularisation.

À l’issue de cette grève, Amadou, comme d’autres personnes mobilisées, a obtenu un titre de séjour, renouvelable tous les ans.

Grâce à des papiers en règle, le jeune Malien a repris le chemin de l’école et suit une formation en alternance de mécanicien, spécialisé sur les vélos. Il souhaite devenir plus tard réparateur et vendeur de vélos.

Son salaire qui dépasse tout juste le Smic lui a permis de quitter le foyer de travailleurs sans-papiers dans lequel il vivait. Il loge aujourd’hui dans un petit appartement du Val-de-Marne.

"La vie est plus simple depuis que j’ai des papiers. Je suis indépendant, et je gagne ma vie sans dépendre de quelqu’un. Le mouvement a été dur mais ça a payé", dit Amadou aujourd’hui.

Awa a obtenu le statut de réfugié en France et a trouvé du travail

L’an dernier, Awa vivait dans un hôtel social de la région parisienne avec son fils de deux ans, après un parcours migratoire chaotique, fait de violences et de prostitution en Libye et en Italie. Demandeuse d’asile, elle attendait depuis de longs mois son entretien à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), chargée de délivrer le statut de réfugié. Celle qui a fui la Côte d'Ivoire après un mariage forcé et une excision était angoissée à l'idée de voir sa demande déboutée.

Quelques semaines après la sortie du podcast, l’Ivoirienne a finalement obtenu son titre de réfugiée. Elle a très vite trouvé du travail comme femme de ménage et a réussi à inscrire son fils à la crèche.

Un temps hébergée chez des particuliers grâce à l’aide de l’association Singa, Awa loge aujourd’hui avec son enfant dans son propre appartement en région parisienne.

Elle met de l’argent de côté chaque mois pour meubler son logement et souhaite ouvrir à terme une entreprise de ménage. Son rêve est toujours le même : s’acheter une maison au bord de la mer.

Alain attend toujours la réponse à sa demande d'asile en Allemagne

Après avoir pris la mer depuis la Tunisie, Alain avait débarqué en Italie et avait continué sa route pour l’Allemagne, où vit son frère.

Dès son arrivée dans le sud-est du pays en 2019, il avait été hébergé dans un centre pour demandeurs d’asile, à une centaine de kilomètres de Munich. Il avait déposé son dossier d’asile en Allemagne mais il était ce qu’on appelle un "dubliné", sa demande dépendait du premier pays d’arrivée en Europe. Il devait donc patienter plusieurs mois que son statut de "dubliné" prenne fin avant d’entreprendre des démarches de régularisation.

Depuis cet été, Alain n’est plus considéré comme "dubliné" et attend désormais la réponse à sa demande d’asile. Pendant ce temps, le Camerounais travaille légalement dans un fast-food et continue de suivre des cours d'allemand. "Quand je serai réfugié, je reprendrai les études. Au pays, j’ai fait un BTS dans les télécoms", explique Alain.

Le jeune homme attend un heureux évènement pour la fin de l’année. "On va avoir un enfant avec ma compagne" dit-il fièrement. Après l’accouchement, Alain demandera aux autorités de quitter le centre pour rejoindre sa fiancée, qui vit à Stuttgart.

Issiaga a obtenu le statut de réfugié en France et a repris les études

Issiaga avait fui la Libye après s’être fait tirer dans le pied par les geôliers d’une prison libyenne. Secouru en mer par un navire humanitaire, le Guinéen était hébergé dans un centre d’accueil en Sicile.

Quelques mois plus tard, il a été transféré en France où il a pu demander l’asile. Issiaga a obtenu son statut de réfugié en février 2020. Pris en charge dans le centre du pays, il a travaillé pendant deux ans dans les champs de la région et a été bénévole pour plusieurs associations.

En septembre, il est parti s’installer dans le sud de la France pour reprendre ses études en Master 2 Sciences et technologies de l’agriculture - il avait un diplôme d'ingénieur agronome en Guinée. Il espère travailler dans un bureau d’études à l’international ou devenir conseiller à la Chambre de l’agriculture.

Même si le quotidien d'Issiaga s'est considérablement amélioré, il reste toujours traumatisé par les violences subies en Libye. Le Guinéen suit depuis plusieurs mois une thérapie. "Je ne dors pas bien, je fais encore des insomnies. Je repense tous les jours à ce que j’ai vécu en Libye, ça me hante", confie-t-il.

Du côté de son état physique, le jeune homme a enfin pu soigner son pied. Grâce à plusieurs opérations effectuées en France, il peut désormais marcher normalement, sans béquilles, et "rejouer au football".

 

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